Tendance “no bra” : la vie sans soutif

Pour leur confort ou par féminisme, de plus en plus de femmes passent au “no bra” (“pas de soutien-gorge”).

No bra sans soutien gorge

C’est le sujet de mon dernier article pour le webzine féministe Cheek Magazine (que je vous invite à lire) : “Les “no bra”: de plus en plus de femmes se débarassent de leurs soutifs“.

C’est un vrai petit début de déferlante : de plus en plus de nanas se passent de leur soutif. Bien souvent, elles ne voient pas pourquoi elles s’imposent ce sous-vêtement dans l’espace public alors que la première chose qu’elles font rentrées chez elles est de le retirer. Une décision qui paraît anodine mais qui nous met souvent face au fait qu’il est encore difficile pour les femmes de faire ce qu’elles veulent de leur corps sans qu’on vienne les emmerder…

Pourquoi mettre un soutif (ou ne pas en mettre) ?

Comme expliqué dans l’article, personne n’a jamais prouvé l’utilité du soutif. Au contraire, le peu d’études qui existent montrent plutôt un effet bénéfique (fermeté du sein) à ne pas en porter. Finalement, bien souvent porter un soutif n’est même pas une question que l’on se pose. Ça se fait, c’est tout. On est ravie de porter son premier soutien-gorge 75 A. On se sent femme. C’est quand on décide de ne plus en porter que ça se gâte. D’autant plus qu’aujourd’hui, comme je l’explique dans l’article “Ces dernières années, la tendance était pourtant plutôt à l’“ultra soutien-gorge” effet push-up… Sous les t-shirts, le canon esthétique des années 2000 a imposé un sein rond, haut et ferme comme une pomme. À tel point qu’il est parfois difficile d’en trouver un qui ne soit pas rembourré.”

Les humoristes féministes du trio canadien Projet Stérone mettent parfaitement le doigt sur l’absurdité du soutif :

Mon expérience du no bra :

Quel bonheur de ne rien porter en dessous. Mais quelle plaie sociale parfois ! J’ai commencé à pratiquer le no bra il y a près de 5 ans. En tant qu’indépendante je travaille de chez moi et ai donc vite perdu le réflexe d’enfiler un soutif le matin. Ensuite, je me suis aperçu qu’en fait cela me pesait d’en mettre. Même avec des soutiens-gorge très confortables, je me sentais entravée. Bref, je ne voyais aucun argument pour garder cet objet qui finalement relevait plus de la décoration qu’autre chose.

Mais on s’aperçoit alors qu’avec ces maudits vêtements modernes fins comme du papier à cigarette, difficile d'”assumer”, surtout au boulot. Il faut parfois revoir entièrement sa garde-robe. Difficile de se pointer (c’est le cas de l’dire !) à un rendez-vous pro en débardeur blanc moulant qui laisse entrevoir clairement les tétons. En extérieur, la plupart du temps (notamment l’été quand les vêtements se font légers) j’opte pour un entre-deux avec un soutif uniquement en tissu type brassière ou bralette (soutien-gorge triangle en dentelle sans armatures). Sans coque, sans armatures, ultra-confortable.

Difficile d'”assumer”, surtout au boulot.

Tétons travail

Il m’arrive d’acheter de la lingerie plus classique mais je ne la porte plus que rarement tant le confort est incomparable. Le seul moment où je ne fais pas l’impasse sur la brassière c’est lorsque je cours.

Après plusieurs mois j’ai constaté, comme de nombreuses adeptes du no bra, que mes seins avaient effectivement un peu pris en volume. En réalité, je dirais qu’ils prennent leur place différemment. Comme ils ne sont plus empaquetés douze heures par jour dans une coque rigide qui les oblige à se “recentrer, ils s’étalent gaiement. J’ai aussi tendance à me tenir plus droite.

Globalement difficile de revenir en arrière une fois qu’on a commencé le no bra. On se ruine moins en lingerie, on respire, on s’assume. C’est une sensation de liberté. C’est aussi simple que ça.

Pour moi une vraie libération qui permet de faire face à son corps, d’en prendre soin.

Formatage esthétique :

Libération aussi d’un certain formatage esthétique.

Cela fait bizarre au début car on a l’impression d’avoir une poitrine bien moins volumineuse. Les seins “s’écrasent” sous le tissu – effet que je trouve très joli aujourd’hui – et on a parfois l’impression d’être plus plate ou d’avoir la silhouette moins “pulpeuse”. Quand on est sensible comme moi il y a aussi l’épineuse “question tétons”. Les regards sont forcément attirés et cela peut parfois devenir gênant. Vous pouvez alors choisir d’affronter ce monde en n’en ayant rien à foutre mais en réalité parfois certaines, comme moi, craquent et mettent une brassière pour que les regards cessent (d’autres optent pour des cache-tétons en silicone, personnellement j’ai une aversion pour cet objet).

Si je rêve d’un monde où les femmes peuvent s’habiller comme elles le veulent sans absolument jamais aucune remarque ou contrainte directe ou indirecte, à chacune ses limites car ce n’est pas encore le monde dans lequel nous vivons. #Tristesse

C’est là que le no bra prend une dimension sociale, politique même. Devenir no bra c’est réaliser que n’importe qui se croit permis de me faire des remarques sur mon corps : regards masculins insistants voire lubriques, remarques en tout genre :“Tu pointes, t’es excitée ?”, “Euh, on voit tes tétons là…”.

À croire qu’entrapercevoir les seins d’une femme sous un bout de tissu est un “événement”.

Le no bra prend une dimension sociale, politique même. Réaliser que n’importe qui se croit permis de me faire des remarques sur mon corps. A croire qu’entrapercevoir les seins d’une femme sous un bout de tissu est un “évènement”.

No bra

Pressions sociales :

Quand je dis plus haut “on s’aperçoit alors qu’avec ces maudits vêtements modernes fins comme du papier à cigarette, difficile d'”assumer”, surtout au boulot” c’est quand même fou. Fou que ne pas “cacher” mes seins soit difficile à “assumer”. Fou que j’ai à “assumer” … mon corps. Hallucinant. Pourquoi ? Parce que le corps des femmes ne leur appartient jamais totalement. C’est comme s’il appartenait un peu à tout le monde. Je m’explique.

Le corps des femmes ne leur appartient jamais totalement. C’est comme s’il appartenait un peu à tout le monde.

Où est le problème à ne pas porter de soutif ? Certains diront “c’est indécent”, “impudique”, etc. Pourquoi ? En quoi mon corps, tel qu’il est, est “indécent”, “impudique” ? Parce qu’il est sans cesse sexualisé, voilà pourquoi. Parce que le sein féminin est devenu un objet de désir avant d’être une partie du corps. Un homme peut sans problème faire pointer ses tétons sous son t-shirt, tout le monde s’en fout. Et dès qu’il s’agit d’un téton de femme ça change tout ? Elle aurait derrière ça un “agenda” caché ? Non. La société lui impose de ne pas montrer ce qu’ELLE juge “érotique”, “inconvenant”.

Donc parce que la société s’est emparée du corps des femmes et les enjoint à plus ou moins le cacher, je ne suis pas libre. Pas libre d’une chose aussi con que vivre sans soutif.

Je ne suis pas libre. Pas libre d’une chose aussi con que vivre sans soutif.

C’est avec ce genre de petis actes qu’on se rend compte à quel point les pressions sur les femmes s’exercent partout, tout le temps.

Réagir face aux relous :

Pour faire face à tout cela il n’y a malheureusement pas 15 000 solutions. Assumer, être forte, ignorer et surtout se dire que les combats d’aujourd’hui permettront à nos filles, nos petites-filles de ne pas avoir à subir cela à nouveau, qu’elles auront le choix.

Côté sphère pro malheureusement c’est plus difficile d’être dans le “militantisme pro-boobs”. Aller jusqu’à perdre un job ou des clients à cause de cela est délicat. En revanche, vous pouvez tenter la pédagogie avec ceux qui vous y semblent ouverts ou au moins vos proches. Expliquer pourquoi vous faites cela ou tout simplement demander à votre interlocuteur en quoi une femme devrait se cacher et pas un homme. Généralement les arguments et les bafouilles tournent vite court. Car en fait, c’est une injonction sociale tellement ancrée que bien souvent on ne sait même pas pourquoi on l’a intériorisée. Posez la question autour de vous et vous verrez !

Quoi qu’il en soit, plus nous serons nombreuses à refuser de formater nos seins sous des coques rembourrées , plus cela deviendra habituel !

Alors, prêtes à rejoindre la lutte mesdames ?

Pas soutien gorge


Pour aller plus loin…

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  • Le reportage complet de Virginie Oks “Ma vie sans soutif” visionnable gratuitement.
  • Les blogueuses publient tellement de témoignages sur le no bra que le site Les Influenceuses les regroupe sur une page entière : “Le “no bra” ou la vie sans soutif”
  • Pour celles qui veulent échanger avec d’autres femmes “no bra” (conseils pour faire face aux réflexions, aux relous et autre), il existe un groupe Facebook “Sans soutif/No Bra
  • Débat par le magazine ELLE à propos notamment des actions seins nus des Femen : “Faut-il montrer ses seins pour se faire entendre ?”
  • Billet d’humeur de Camille Froideveaux-Metterie, professeure en sciences politiques et penseuse du féminisme : “Des seins commes des visages“.
    Extrait : “L’industrie de la mode avait décrété que les filles devaient, dès l’apparition des signes balbutiants de la puberté, se couler dans des formes conçues pour elles par ceux qui concevaient le monde à l’aune de leurs critères phallocentrés. […] Que les femmes soient contraintes d’arborer les signes requis d’une féminité formatée en endossant des uniformes synthétiques constitue une aberration au regard de l’idéal d’émancipation. Que de jeunes féministes s’en indignent et en appellent à une libération des seins apparaît donc salutaire. […] C’est le paradoxe de notre temps qui voit le principe de l’égalité entre les sexes prendre racine en même temps que la logique androcentrée continuer de se déployer souterrainement. D’un côté la publicisation et l’expansion de l’idéal féministe (we should all be feminists), de l’autre la progression insidieuse, parce que dissimulée derrière les voiles du marketing et de la croissance économique, d’une conception objectivante du corps féminin. En faisant retour sur le corps des femmes pour le saisir au prisme de la subjectivité féminine, on pourra peut-être enrayer cette mécanique schizophrène et relancer le projet d’un féminisme qui ne craint pas d’explorer la dimension incarnée de nos existences.”
  • Texte intégral à lire : “Le corps du délit. Les féministes américaines et le corps de la femme” qui met en avant cette admirable citation “Une femme a-t-elle un droit sur elle-même? Avoir le droit de voter, de posséder des biens, etc. est trop peu si je ne peux avoir un usage absolument libre de mon corps. D’ailleurs, aujourd’hui encore, pas une femme sur mille ne peut prétendre être totalement libre de son corps.” Lucy Stone à Susan Anthony.
    Extrait : “Le lien qu’elles établissent entre l’esclavage et leur propre situation de femme commence par une considération très concrète d’une servitude qui est présentée comme étant d’abord physique. La plupart prennent conscience alors que leur corps détermine leur identité et leur statut en société. Si elles le placent si souvent au centre même de leur discours, c’est qu’elles comprennent que c’est lui, dans sa différence des normes culturelles édictées par les hommes, qui fait obstacle à la reconnaissance de la personne de la femme.”

Ma sélection de livres sur le sujet :

            

Journaliste indépendante et animatrice à Radio France, je vous informe sans concession !

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Commentaires (10)

  1. Merci pour cet article !
    J’avais déjà lu l’article sur Cheek et je l’avais beaucoup aimé.
    Je suis passée (partiellement) au no bra il y a environ 2 ans, après m’être rendu compte que les soutifs ne me servaient à rien sinon me comprimer et me gêner. J’ai compris que, bien loin d’être un accessoire “indispensable” à toute femme, il s’agissait surtout d’un outil d’asservissement et de contrôle du corps féminin. Bien sûr, quand on fait du 95D, c’est plus difficile de s’en passer, mais quand on a une petite poitrine… Quel est l’intérêt ?!
    Aujourd’hui, je ne porte un soutien gorge que si je suis vraiment obligée de le faire (haut transparent, etc). Sinon, je n’en mets pas, ou alors j’opte pour des cache-tétons. Je me sens beaucoup plus libre, et j’aime mon corps comme ça, je ne me sens plus du tout obligée de porter ces horribles push up qu’on trouve dans toutes les boutiques de lingerie.
    Je suis contente de voir que ce soit en train de devenir une tendance de fond !

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    Caroline - 19 juin 2018
    1. Oui, il semblerait que la 3ème/4ème vague féministe qui pense les thématiques du corps soit en train de tout balayer sur son passage ^^

      PS : génial ton blog, je me régale ! 🙂

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      Sabrina Debusquat - 19 juin 2018
  2. Ça fait à peu près un an et demi que je n’en porte plus. Ma mère m’a dit une fois (au bout de 6-7 mois peut-être) “tu n’en porteras plus ?” ben non ! Une fois qu’on arrête on peut plus reprendre ! Je n’ai eu aucune remarque à ce propos : c’était acté. Pourtant, quand j’ai dû aller à l’enterrement de ma grand-père, elle m’a reproché de ne pas en avoir mis, en disant que c’était indécent. Et à ma soeur d’expliquer : “ils bougent !” ben oui ils bougent ! Les pis des vaches aussi ça bouge nom d’un p’tit bonhomme !
    L’été, quand j’ai des haut transparents ou trop échancrés avec une tendance de la bretelle à tomber je mets une brassière, mais qu’est-ce que c’est inconfortable ! x)

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    Melgane - 25 mai 2018
    1. On dirait bien que lnous sommes de plus en plus à franchir le pas mais cette histoire de soit disant “indécence” c’est fou…

      1. Oui ! Complètement fou !

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        Melgane - 25 mai 2018
        1. Je dirais même plus : c’est indécent de nous dire que c’est indécent ! Ha Ha !

  3. Je trouve qu’un soutien léger est confortable, tandis que la sueur qui colle en dessous de mes seins ne l’est pas. C’est juste: à chacune de choisir sa manière de s’habiller, mais d’ici à en faire une campagne anti-bra…ouf…
    Cependant c’ est bien qu’on en parle.
    Renata Sangiorgi

    Répondre
    Renata Sangiorgi - 24 mai 2018
    1. Oui, le but n’est évidemment pas de remplacer iun dikatat par un autre, simplement de laisser le choix d’être libre de choisir et que ce choix ne soit pas limité par le regard des autres (l’essence-même des combats féministes ^^)

  4. Top cet article ! merci !! Je mets des brassières, c’est tellement confortable 😀

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    CamilleG - 24 mai 2018
    1. Avec plaisir Camille 🙂
      Quel a été le déclic chez toi ?