Sait-on encore désobéir ?

Cadences infernales, précarité, corruption, pollution, manipulation, compétition, surconsommation… Nous sommes chaque jour plus nombreux à affirmer ne plus supporter notre modèle de société, à le trouver vide de sens, aliénant. Mais pourquoi tant d’insatisfaits et si peu de révoltés ou de changements concrets ? Certaines tendances actuelles montreraient-elles au contraire un élan de désobéissance ?

Désobéir

Si comme moi le sujet vous taraude, vous retrouverez des débuts de réponses et des pistes de réflexion dans le magazine Nexus actuellement en kiosque. Le sujet fait la une du n°114 de ce mois de janvier-février 2018 avec un grand dossier d’une vingtaine de pages comportant :

  • une interview de Fabrice Nicolino, “journaliste désobéissant” ex. du Canard enchaîné, rescapé des attentats de Charlie Hebdo et auteur de livres-enquêtes majeurs comme Pesticides, révélations sur un scandale français (Fayard,2007) ou Bidoche, l’industrie de laviande menace le monde (Les Liens qui Libèrent, 2009)
  • un long entretien avec le philosophe Frédéric Gros qui vient de publier l’admirable Désobéir chez Albin Michel à qui nous demanderons si nous ne sommes pas finalement “fondamentalement obéissants” ?
  • une interview joyeuse et décomplexée du journaliste anglais anarchiste pro-paresse Tom Hodgkinson qui évoquera avec nous ses “secrets” de désobéissant issus de son best-seller L’art d’être libre dans un monde absurde dont nous publions les bonnes feuilles.

Tom Hodgkinson © Chris Floyd_preview

Mes collègues de l’équipe complètent ce dossier avec des articles sur les militants de la cause animale qui font de la désobéissance civile pacifique dans les abattoirs et qui se voient qualifiés de “terroristes” ou encore sur la résistance citoyenne qui s’organise face à l’installation de plkus en plus controversée des compteurs Linky.

Extraits :

“S’abstenir aux élections plutôt que de « voter pour le moins pire », opter pour une consommation durable, locale ou qui n’inclut pas de souffrances animales, faire le choix de médias indépendants, repenser son rapport au travail, au corps, à la médecine, au temps… Ce sont des choix de vie que font de plus en plus de citoyens. En s’éloignant volontairement de l’ultra-consommation, de la quête perpétuelle de la croissance ou encore de la chimie de synthèse, ils questionnent ce qui est érigé depuis des décennies en idéal de vie occidental. « Relents du mouvement hippie »,« lubies de bobos privilégiés ! » affirment les uns. « Minorité avant gardiste », rétorquent les autres. Alors, vivons-nous une époque particulièrement soumise ou sait-on encore désobéir quand plus rien ne nous convient ?”

Vivons-nous une époque particulièrement soumise ou sait-on encore désobéir quand plus rien ne nous convient ?

“Jamais la désaffection des Français vis-à-vis des médias n’a été aussi forte. Montée des médias alternatifs et indépendants mais aussi conspirationnisme…Une part croissante de citoyens cherche visiblement à se réapproprier l’information. Un sursaut que l’on pourrait trouver sain et salutaire, mais qui est paradoxalement souvent combattu comme un fléau à endiguer. Pourtant,si cette réappropriation de la pensée, certes parfois maladroite, fait si peur, n’est-ce pas précisément parce qu’elle menace l’ordre établi et tous ceux qui en profitent ?”

 

N’hésitez pas à venir débattre du sujet ici en commentaire après lecture !

 


Vous trouverez le magazine Nexus dans tous vos kiosques à journaux au rayon science ou santé ou en ligne sur le site du magazine.

Journaliste indépendante et animatrice à Radio France, je vous informe sans concession !

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Commentaires (6)

  1. Merci Sabrina pour cet article très intéressant, j’ai donc été chercher Nexus chez le marchand de journaux.
    C’est la deuxième fois que je l’achète, la première c’était déjà sur tes bons conseils et je ne suis pas déçue.
    J’avais déjà entendu Frédéric Gros mais je découvre les autres, grâce à toi!

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    eveline - 14 janvier 2018
    1. Merci à toi pour ta confiance 🙂
      J’espère que cette lecture t’a plu. De mon côté j’aurais aimé avoir plus de “réponses” mais je crois que ce sont des sujets très complexes sur lesquels les réponses ne peuvent qu’être très individuelles…

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      Sabrina Debusquat - 15 janvier 2018
  2. La soumission et l’obéissance peuvent encore s’entendre comme des vertus, surtout si l’objet de cette humble posture est de grande maîtrise et sagesse, tout tyran qu’il soit.
    Mais la soumission n’est bien souvent qu’une appellation victimaire et édulcorée de la lâcheté, et l’obéissance de l’irresponsabilité assortie.
    C’est bien mis en avant dans ton dossier mais cela ne sera jamais assez répété : “l’état de victime fait automatiquement sortir le bourreau” (Karuna Platon).
    La balle est dans notre camp, chacun et à chaque seconde, et le but est grand ouvert pour y déposer notre acte de foi en notre libre arbitre, le tyran n’étant que notre ami révélateur comme l’avaient bien noté Gandhi et Thoreau, entre autres amoureux de l’indépendance d’esprit.
    Sinon je sur-conseille également le dernier dossier sur l’emprise d’âmes qui donne bien des pistes profondes et nouvelles pour appréhender notre passage.
    Merci Nexus comme d’habitude et surtout à ses contributeurs dont tu fais partie Sabrina.

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    Fabien - 12 janvier 2018
    1. Merci à toi Fabien, je retiens particulièrement cette phrase (pour avoir souvent observé le phénomène) :

      “L’état de victime fait automatiquement sortir le bourreau” (Karuna Platon)

      C’est toujours sidérant de remarquer que celui qui se fait par exemple embêter dans la cour de récré, embête à son tour quand il croise plus faible. Je l’ai observé chez les autres, chez moi et j’ai toujours trouvé cela perturbant, “moche”. Ce qui en dit long sur l’urgence à l’auto introspection notamment pour résister à ces tentations instinctives (je ne sais pas comment les décrire, est-ce instinctif ?)

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      Sabrina Debusquat - 12 janvier 2018
      1. Tiens, tiens, je n’avais pas du tout interprété cette phrase de la même manière que toi ! Comme quoi, entre le message et la réception d’un message…
        Si je comprends bien, elle te fait penser à la victime qui devient bourreau à son tour. C’est vrai que ça arrive, malheureusement. Pour ma part, l’instinct n’est jamais retors, donc je pencherais pour attribuer cette violence en retour à un orgueil blessé, ou un appel maladroit à la reconnaissance.
        Mais d’autres victimes se complaisent plus de temps que nécessaire dans cet état dont on pense qu’il apportera le “beau rôle” et un surcroît d’amour. C’est un leurre, un rôle malsain et un surcroît d’apitoiement qui ne dure pas au-delà des premiers effets (et du 2e JT quand les médias s’en mêlent).
        Alors, pour rester victime il nous faut sans cesse justifier de nouveaux bourreaux, quitte à gonfler leur force/pouvoir/intentions.
        Voilà mon interprétation de Karuna, la victimisation excessive et maladive fait sortir un bourreau car il y a appel (conscient ou inconscient) et l’univers pourvoie.

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        fabien - 12 janvier 2018
        1. Intéressant, oui, et c’est aussi comme une façon pour chacun de se décharger en refusant sa part de liberté et de responsabilité en mettant tout sur le dos de “l’autre” et en augmentant son pouvoir réel. C’est d’ailleurs tout le propos de Frédéric Gros dans l’interview.

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          Sabrina Debusquat - 12 janvier 2018