Les allergies intellectuelles

Ce matin dans Grand Bien Vous Fasse d’Ali Rebeihi sur France Inter : le philosophe Roger-Paul Droit fait un parallèle entre l’attention que nous portons aux aliments que nous ingurgitons et les pensées extérieures auxquelles nous exposons notre cerveau.

Allergies mentales

L’hygiène mentale, aussi importante que l’hygiène alimentaire !

Réécouter la petite philosophie du quotidien de Roger-Paul Droit :

Notre esprit se nourrit d’idées comme notre corps se nourrit d’aliment. Et c’est là le piège, dans ce domaine nous sommes beaucoup moins vigilants que dans l’achat de nourritures

Extrait :

“Je voudrais montrer que nous devons cultiver des allergies intellectuelles au lieu d’avaler tout ce qu’on nous fait ingurgiter, au lieu de croire que nous devons digérer n’importe quelle idée, n’importe quel propos. […] Il y a un parallèle entre l’estomac et la pensée. [La vérité devient comme un gibier qui alimente notre pensée, nous nourrit et nous fortifie.] Notre esprit se nourrit d’idées comme notre corps se nourrit d’aliments. Et c’est là le piège, dans ce domaine nous sommes beaucoup moins vigilants que dans l’achat de nourritures… […] Une grande partie des allergies alimentaires actuelles sont provoquées par l’alimentation industrielle (additifs, conservateurs, épaississants, colorants, perturbateurs endocriniens). Je crois que nous devons nous méfier, et peut-être encore plus des “idées industrielles” : des buzz, des fake news, des fausses polémiques, des fausses évidences… De ce que j’appellerais les “perturbateurs logiciens”, c’est-à-dire des vérités ultra-transformées.

Nous devons nous méfier des “idées industrielles” : buzz, fake news, fausses polémiques, fausses évidences… C’est-à-dire des vérités ultra-transformées.

Si, une définition de l’allergie c’est “une autre façon de réagir à ce que tout le monde tolère” alors je pense que nous devons inventer des manières de réagir dans notre tête à ce que tout le monde tolère dans le domaine de la pensée. N’avalez pas n’importe quoi ! Je crois qu’il faut cultiver les allergies. J’aimerais que de plus en plus de gens puissent dire :  le fanatisme me donne des boutons, la propagande me donne des rougeurs, les mensonges me donnent mal à la tête, le racisme me fait vomir. J’aimerais que le plus possible d’entre nous considèrent comme allergènes la bêtise, la démagogie et la vulgarité. […] Il y a donc de bonnes allergies, qui sont intellectuelles et défendent notre santé mentale !”

J’aimerais que de plus en plus de gens puissent dire :  le fanatisme me donne des boutons, la propagande me donne des rougeurs, les mensonges me donnent mal à la tête, le racisme me fait vomir.

 


Ecouter l’émission “Halte aux allergies” en intégralité :


Pour ma part, c’est un challenge que je relève depuis plusieurs années déjà et en ayant pris quelques bonnes habitudes. Filons la métaphore entamée par Roger-Paul Droit :

  • Le temps de la digestion : m’autoriser à me réapproprier le temps de ma pensée sans me le laisser dicter/emporter/influencer par la rapidité de l’information moderne et l’effet “zapping” => ne pas m’astreindre à écouter les infos si je n’en ai pas envie, favoriser les analyses et articles longs qui resituent le contexte et détaillent les phénomènes : j’ai le droit de vouloir garder un tempo de l’information suffisamment lent pour pouvoir comprendre les choses en profondeur, je préfère savoir moins mais mieux et je refuse de me laisser emporter dans une hystérie médiatique forcément stérile et peu propice à la réflexion.
  • Savoir d’où vient ce que j’ai dans mon “assiette mentale” en prenant du recul grâce  la philosophie et au développement de la pensée critique => comprendre que l’objectivité absolue n’existe pas (nous sommes tous modelés par des expériences/croyances/points de vue) et que ce qui est écrit sur une personnalité/un évènement relève souvent de l’opinion ou de la confrontation de pensée que de faits réels. Ingérer suffisamment de “faits tangibles et vérifiables” de bonne qualité permet une meilleure vision d’ensemble que le fast-food des idées conforme aux courants dominants de pensées…
  • Diversifier les sources de nutriments et goûter avant de dire “je n’aime pas” : lire ceux qui pensent différemment de soi. Un point essentiel auquel je m’astreins très souvent et qui enrichit même s’il nécessite une certaine maturité et un goût certain pour les idées. C’est s’ouvrir à l’autre, aller vers lui pour mieux le comprendre et savoir échanger quand cela se présente.

Pensée en otage aude lancelin

 

 

 

A ce propos, je vous conseille l’excellent La pensée en otage, s’armer intellectuellement contre les médias dominants d’Aude Lancelin paru récemment  aux éditions Les Liens qui Libèrent.

 

 

Vous préocuppez-vous autant de votre hygiène mentale que de votre hygiène physique ?
Comment y parvenez-vous ?

 

Journaliste indépendante et animatrice à Radio France, je vous informe sans concession !

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