Peut-on refuser de donner ses organes sans se faire traiter d’égoïste ?

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” – Mais comment pouvez-vous dire cela ? Vous vous en fichez vous serez morte !”

don d'organe

Peut-on en 2015 refuser de donner ses organes sans se faire insulter ou traiter d’égoïste ?

Le projet de loi santé Marisol Touraine, adopté en première lecture par L’Assemblée Nationale en avril dernier prévoit un changement concernant le don d’organe. Au plus tard en janvier 2017 tous les Français majeurs seront des donneurs présumés consentants. Si une personne décède, il faut qu’elle ait signifié son refus de voir ses organes prélevés, en s’inscrivant au registre national du refus de dons d’organes. Toutefois l’Etat nous précise quenul organe n’est prélevé en cas d’opposition des proches.” Ainsi, même quand la loi sera totalement appliqué “il n’est pas question de prélever des organes contre la volonté des personnes“.

Le don d’organe aujourd’hui en France (chiffres et état des lieux) :

Ce projet de loi a remué ceux qui ne souhaitent pas donner leurs organes et qui se sont cru floués, comme si l’on allait désormais d’office prélever leurs organes s’ils ne se sont pas inscrits sur le Registre National des Refus. En réalité les amendements à la loi (en cours de discussion) prévoient que le registre soit d’abord consulté en premier par les médecins puis qu’ensuite la famille soit consultée pour dire si de son vivant le potentiel futur donneur avait exprimé un refus de prélèvement d’organes. Comme l’explique l’Agence de la Biomédecine sur son site l’enjeu clé est de “limiter le refus des familles “par précaution“”. Marisol Touraine devant la levée de boucliers a elle déclarée qu’“Il n’est pas question de prélever sans s’assurer du consentement de la personne et sans discuter avec les familles”, il “peut y avoir d’autres manières d’exprimer son refus” que le registre du don d’organes, “il faut qu’il y ait une concertation avec les familles, les associations, les médecins[…] Il n’y a pas de passage en force.”

Marisol Touraine : “Il n’est pas question de prélever sans s’assurer du consentement de la personne et sans discuter avec les familles”

En France,  environ 87 277 personnes sont inscrites sur le Registre National des Refus (chiffres 2012) un chiffre peu révélateur selon l’organisme qui indique que cette option de clairement afficher son choix est encore assez peu connue. Selon les sondages près de 80 % des français seraient prêts à donner leurs organes après leur mort mais dans la réalité seuls 66,4 % des donneurs potentiels donnent vraiment (33,6 % de refus de don en 2014) suite au choix des familles.

choix famille don organe

A savoir que comme l’explique l’Agence de la BioMédecine : “Le don d’organes n’est possible que dans les cas de décès bien particuliers (souvent consécutif à des traumatismes crâniens ou à des accidents cardio-vasculaires) [qui] représentent à l’heure actuelle moins de 1 % des décès à l’hôpital.”

“80 % des français seraient prêts à donner leurs organes après leur mort mais dans la réalité seuls 66,4 % des donneurs potentiels donnent vraiment”

Maintenant que les bases du sujet sont posées on peut se demander alors pourquoi ceux qui trouvent “logique” de donner leurs organes jugent parfois très violemment ceux qui ne partagent pas leur avis. Etre à contre-courant de la majorité actuelle semble réagir les gens de manière épidermique.

Pourtant s’il y a bien un droit que chacun devrait garder de manière inaliénable c’est celui de disposer de son corps comme il le souhaite et sans que ses choix soient jugés.

Les raisons du refus de don d’organe :

Trois facteurs principaux influent sur les refus de don d’organes : les choix familiaux/sentimentaux (d’épargner le donneur ou les proches du donneur), la spiritualité et le doute (incapacité à déterminer le choix du décédé car il ne s’était pas prononcé sur le sujet de son vivant ou qu’il y a conflit entre les proches à ce sujet).

Concernant le don d’organe : le fait qu’il puisse sauver ou améliorer de vies fait que le jugement de certains donneurs envers les non-donneurs est aussi sévère. Certains ne conçoivent pas que si l’on a la possibilité de sauver une vie on ne le fasse pas. D’autres considèrent au contraire que le bien-être de leurs proches passe avant celui d’inconnus. C’est le cas des couples dans lesquels un conjoint explique qu’il souffrirait énormément de savoir le corps qu’il a tant aimé touché.

” Certains ne conçoivent pas que si l’on a la possibilité de sauver une vie on ne le fasse pas. D’autres considèrent au contraire que le bien-être de leurs proches passe avant celui d’inconnus.”

A ce moment-là personne n’a à juger, encore moins à qualifier d’égoïste ce choix. Si quelqu’un considère que la/les personnes qui l’aiment au quotidien, qui ont vécu avec ce cœur, avec cette peau passent avant de potentiels receveurs nous serions bien mal avisé de le juger.

refus don organe

C’est un choix qui comme tout choix n’a pas à être discuté et qui n’engage que ceux qui le font. Rétorquer à ceux qui l’ont fait que leur choix a des répercussions négatives est faux et abusif. Ce n’est pas parce qu’un geste salvateur peut-être fait qu’il doit être fait, surtout quand il peut avoir des conséquences négatives sur les personnes aimées par le potentiel donneur. La limite entre ce qui est “bien” et “mal” n’existe pas ou est bien plus flou que l’on voudrait parfois le croire. Un geste a priori généreux le serait-il s’il faisait à coup sûr énormément souffrir ceux qui vous connaissent et vous chérissent ?

Chacun a sa vision de la vie et des êtres. Or si la vôtre est de considérer que la personne que vous aimez le plus sur Terre, votre conjoint, passe avant les autres personne ne devrait avoir à vous en blâmer. Si la peine de votre conjoint compte infiniment pour vous, si vous décidez de ne pas être donneur d’organes parce que vous connaissez votre conjoint et qu’en prenant cette décision vous choisissez de lui épargner ne serait-ce qu’un peu de douleur alors votre choix commun n’a pas à être jugé.

Le genre de campagne de sensibilisation culpabilisante comme celles qui suit (anglaise) sont en ce sens à mon avis inadmissibles :

Don d'organe

“Leur spiritualité fait qu’ils préfèrent garder leur corps physique entier dans la mort parce qu’ils […]  ne savent pas ce qui les attend après la vie”

D’autres refusent d’être donneur d’organes pour des raisons religieuses ou plus simplement de doute spirituel. Leur spiritualité fait qu’ils préfèrent garder leur corps physique entier dans la mort parce qu’ils sont agnostiques et ne savent pas ce qui les attend après la vie (par exemple s’il y a un au-delà dans lequel il est important d’avoir conservé l’intégralité de son corps physique). A noter que les principales religions se sont positionnées totalement en faveur du don d’organe (plus de précisions à ce propos dans le dernier numéro du magazine Nexus). D’ailleurs, comme l’indique une étude de 2004 de l’Etablissement Français des Greffes “l’appartenance religieuse apparaît comme un motif de refus assez peu significatif en France et plus que la religion c’est en fait l’appartenance à une tradition qui apparaît comme un facteur déterminant.”

“…l’appartenance religieuse apparaît comme un motif de refus assez peu significatif en France et plus que la religion c’est en fait l’appartenance à une tradition qui apparaît comme un facteur déterminant.”

Enfin le choix familial serait enfin un facteur prépondérant dans le choix ou non du don d’organe. Comme cette même étude le rappelle “Alors que 40 à 60 % des individus accepteraient qu’un prélèvement soit effectué sur un proche, on ne retrouve pas cette proportion dans les taux d’acceptation au prélèvement “en situation”. En effet, en situation réelle de demande de prélèvement, ce n’est pas un individu qui prend la décision en son nom, mais un ensemble d’individus, la famille, qui doivent se mettre d’accord à propos de leur proche décédé dont on ne connaît pas les volontés en la matière. Chacun cherche à agir à la fois en fonction de sa position personnelle, de celle des autres proches et de celle supposée du défunt. Cette complexité joue un rôle dans le taux de refus du prélèvement.”

Ainsi les facteurs qui influenceraient le plus une décision négative des familles qui doivent trancher sur le don d’organe de leur proche sont les suivants :

  • Ressentiment envers les médecins ayant traité le patient au moment où il est décédé. Dans la douleur de l’annonce du décès les médecins ayant tentés de sauver la personne sont les mêmes (ou du même hôpital) qui vont aller demander l’avis des proches pour le don d’organes. Les considérant en partie comme responsables de la mort de leur proche, les familles sont alors peu enclines à accepter le don d ‘organe, un peu comme si elles considéraient que c’était trop d’émotion en même temps.
  • L’atteinte à l’intégrité du corps. Le prélèvement d’organe est considéré comme “une violence exercée à l’encontre de l’image du défunt”. Certains par exemple “exposent” le corps à domicile avant l’enterrement et n’envisagent pas alors que ce dernier soit abîmé.

L’étude conclut que si chez les plus jeunes générations le don d ‘organe est mieux vu, chez d’autres “des principes plus traditionnels” les “poussent […] à penser que protéger la dépouille équivaut à la protection de la personne que l’on connaissait et que l’on aimait. Protéger son image et son apparence serait une forme de respect vis-à-vis du proche, respect qui l’emporte sur l’utilité thérapeutique et médicale de la demande de prélèvement.” 

Ceux qui refusent le don d’organe doivent-ils s’inquiéter de la nouvelle loi ?

Quoi qu’il en soit que ceux d’entre vous qui refusent d’être donneur se rassurent, même avec cette nouvelle loi sur le don d’organe des garde-fous sont établis afin de respecter votre intégrité physique. Le choix sera laissé à l’appréciation de votre famille. Ainsi que le précise le site officiel français du don d’organe :

Si je n’ai pas dit mon choix sur le don d’organes à mes proches, que se passe-t-il ?

Vous décédez brusquement dans des conditions qui permettent le prélèvement d’organes. Si vous étiez opposé au don de vos organes et que vous vous étiez inscrit sur le registre national des refus, cette mention a une valeur légale, le prélèvement n’est pas envisagé.

Dans tous les autres cas, la consultation des proches par l’équipe médicale à l’hôpital est obligatoire avant d’envisager tout prélèvement.

Lorsque le défunt avait transmis sa volonté concernant le don de ses organes et de ses tissus, l’échange se déroule dans les meilleures conditions possibles et la chaîne de prélèvement et de greffe est soit stoppée, soit rapidement enclenchée.

En revanche, lorsque les proches du défunt n’ont jamais abordé cette question avec lui, les conditions du dialogue sont beaucoup plus difficiles et l’impératif d’urgence peut être mal vécu. Dans ce cas, la décision se base sur une interprétation des propos, des traits de caractère et des actions du défunt, avec toute la subjectivité que cela suppose. Dans beaucoup de situations, la famille, dans le doute, préfère s’opposer au prélèvement.”

Ma conclusion est qu’au-delà de toute considérations personnelles l’essentiel est de faire part très clairement de son choix à ses proches et en cas de refus ferme de s’inscrire sur le Registre National des Refus afin de s’assurer que son choix soit respecté.

Et vous, si vous êtes donneur : jugez-vous négativement les non-donneurs ?
Si vous avez choisi de ne pas donner : pourquoi et comment ce choix est-il perçu ?

Journaliste indépendante et animatrice à Radio France, je vous informe sans concession !

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Comments (26)

  1. Si nous ne donnons pas au dons d organes pouvons nous recevoir?

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    Cinquin - 17 juillet 2019
    1. Ah oui, cela n’a rien à voir (par contre je pense que l’on peut également dire si l’on ne souhaite pas recevoir).

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      Sabrina Debusquat - 17 juillet 2019
  2. Au Québéc, quand on reçoit l’équivalent de sa carte vitale, on reçoit aussi un petit autocollant à signer et à mettre dessus si on souhaite être donneur d’organes.
    Tout simplement.

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    mimi - 1 octobre 2015
    1. Ha ben ça dis-donc c’est vachement bien ! On devrait s’en inspirer !

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      Ca Se Saurait - 1 octobre 2015
  3. J’ai une carte de doneur d’organe depuis plusieurs années, parce que je pense sincèrement que si je peux aider quelqu’un avec un de mes oragnes qui ne pourra plus m’aider à ce moment là, ce dernier acte de générosité est ce que je veux laisser au monde. J’essaie au quotiden d’etre quelqu’un de plus généreux et ouvert, je pense donc que le don d’organe va dans cette direction.

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    Kellya - 30 septembre 2015
    1. Oui et j’entends bien cette vision pourtant je suis la personne la plus généreuse que je connaisse de mon entourage et j’ai décidé de ne pas donner mes organes… parce que sur ce sujet mes proches et leur douleur passent avant les inconnus. La frontière est mince entre ce que l’on peut considérer comme “bien” ou “mal” à un instant T et à celui-ci peut-être que parfois (selon les proches), il est plus généreux de laisser ceux qui restent en paix et de ne pas aggraver leur chagrin. De toute façon encore une fois ce ne sont que des choix et en la matière chacun fait celui qu’il veut ! 🙂

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      Ca Se Saurait - 1 octobre 2015
  4. Pour ma part, j’ai pris position en faveur du don de mes organes dès mes 16 ans. J’ai dit à mes parents et mon frère que j’étais donneuse d’organe, et ma carte de donneur FranceAdot est depuis plus de dix ans dans mes portefeuilles successifs. Pourquoi un tel positionnement ? Je ne sais pas trop, personne chez moi n’a eu besoin d’un don, mais ça m’a toujours semblé important.
    Je suis personnellement convaincue qu’une fois morte, mes organes n’auront plus d’importance, alors s’il peuvent aider d’autres personne, je veux que ça puisse être fait. Pour reprendre l’idée qu’a avancé Veronik, je pense qu’il peut être possible que mes organes puissent transporter une part de moi dans le corps d’un autre. Mais je crois que cette aspect doit être la décision des receveurs potentiels. Ils ont le droit de refuser une greffe, j’imagine que lorsqu’on est receveur potentiel on doit beaucoup réfléchir à ce qu’impliquera de recevoir un nouvel organe. C’est leur décision, plus la mienne.
    Je crois être quelqu’un qui cherche toujours à faire ce qu’il peut pour être heureux, faire que d’autres soient heureux, et minimiser au maximum mon impact sur ce monde, et limiter la souffrance des autres. Je ne suis pas infaillible, mais ce sont ces valeurs et cette volonté qui m’animent. Je suis sereine, si j’importe un peu de moi chez d’autres, je sais que ce sera ça, je n’ai pas de culpabilité.
    Sur un autre aspect du sujet, je voudrais recommander un livre que je suis en train de lire et qui est totalement dans le sujet : “Réparer les vivants” Roman de Maylis de Kerangal. Je suis tombée dessus par hasard dans un aéroport, plus intriguée par les tas de prix littéraires revendiqués que par le sujet (je m’attendais à qq chose de plus philosophico-abstrait). Je l’ai donc lu et j’ai plongé dans cette tranche de vie que peu de gens doivent vivre mais qui est très éprouvante : la mort d’un jeune homme, le vécu de sa famille qui doit assimiler qu’il est perdu, la tâche délicate de l’équipe médicale qui doit leur poser la question du don, l’épreuve de répondre à cette question assaillis par ce trop plein émotionnel…
    Le livre est admirablement bien écrit, le sujet est remarquablement bien abordé, l’auteure ne fait aucune intervention, aucun jugement. Elle donne à voir ce que tous ressentent, famille et équipe médicale. Rien de manichéen, mais au contraire la complexité des émotions qui se mêlent et qu’on ne sait plus toujours comment gérer. J’ajoute que je trouve le livre très bien documenté et il donne ainsi des éléments qui permettent de se projeter et de se demander ce que nous nous ferions, maintenant que nous savons ce que c’est, comment ça se passe.
    Je suis aux derniers chapitres du livre, mais je traine à le finir, je n’ai pas envie de le fermer, malgré le sujet, je trouve ce livre magnifique, et que c’est une très belle réflexion.
    Pour ma part j’ai particulièrement été sensibilisée à la question de la douleur des proches que je ne percevais qu’abstraitement, sans doute due à ma jeunesse et au fait que je n’ai encore jamais perdu personne. Et j’ai repensé aux réticences de ma maman. Je crois que ce livre sera un tremplin pour en rediscuter à son prochain séjour chez moi…

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    Eva - 30 septembre 2015
    1. Salut Eva et merci pour ce commentaire détaillé et en longueur 🙂
      J’étais justement hasard des choses en train de lire les commentaires sur ce livre sur Babelio et Amazon et malgré des avis mitigés sur le style (et ses phrases à rallonge visiblement^^) les émotions semblent là et le récit est salué pour sa précision sur le sujet. Merci d’être venu le préciser et en parler ! Effectivement la peine des proches est à mon avis un axe essentiel quand on se pose ces questions (enfin je pense que c’est ce que beaucoup de non-donneur avancent)

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      Ca Se Saurait - 30 septembre 2015
  5. Encore une fois, sujet extrêmement important!
    Je suis pour le don d’organe et ma façon de pensée concorde totalement avec la photo de la petite et de la poubelle.
    Cependant, je peux également comprendre les réticences de certains surtout quand cela a un rapport avec leur croyance.
    Au final, je pense que cela doit rester une décision personnelle.

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    monica - 27 septembre 2015
    1. 🙂

      Répondre
      Ca Se Saurait - 27 septembre 2015
  6. Bonjour,

    Très intéressant tour d’horizon sur un sujet complexe.
    Je suis d’accord pour ne pas juger ce choix personnel, et en général pour éviter de juger n’importe quel choix.
    Le débat renvoie effectivement à notre position vis-à-vis du corps physique, de l’après-vie, …c’est intime et parfois la position change avec le cheminement spirituel ou les expériences de la vie.
    Pour ma part, je n’y suis pas hostile mais je comprends parfaitement l’autre choix, celui du refus. Je n’en voudrais pas à mes proches de refuser malgré mon accord “officiel”. C’est humain, et effectivement si une vie n’a pas été sauvée ainsi, tant pis, je fais confiance aux rouages de l’Univers qui ont mis en place cette situation. Si un prélèvement a lieu, tant mieux, c’est que cela avait également une raison d’être. Dans les deux cas, je ne pense pas que cela impactera sur la suite de mon parcours désincarné (mais cela est un autre sujet).
    Ca peut ressembler à de la démission, mais au contraire, cette “confiance” est très réfléchie, la conscience de ne pas pouvoir (et de ne pas vouloir !) tout contrôler. Je pense que cela s’étend à d’autres domaines de la vie.
    Mais c’est même pas là que je voulais en venir.
    Peut-être l’article mérite t-il d’être élargi à la procédure dite des Directives Anticipées, que l’on peut rédiger à tout âge très simplement. Elles permettent de désigner 2 personnes de confiance qui ont accepté d’être le relais en quelque sortes de nos choix et convictions. Elles permettent également de se positionner sur d’autres points tels que l’acharnement thérapeutique, qui fait également débat, le recours à des traitements lourds, bref tout un tas de questions que les proches seront ravis de voir résolues par le premier intéressé : Nous.
    Pour finir mon bavardage, ces directives sont aussi l’occasion de joindre une lettre qui explique clairement nos choix, ce qui peut peut-être soulager un peu les proches au moment du deuil.

    Merci de poser de bonnes questions, et pour la sérénité des échanges.
    Amitiés à toutes et tous.

    Répondre
    Fabien - 25 septembre 2015
    1. Bonjour Fabien, oui quelle belle réflexion tu as là !
      Tu mets des mots sur ce que moi-même (et certainement d’autres) ressentons : ” je fais confiance aux rouages de l’Univers qui ont mis en place cette situation. ”
      Je ne connaissais pas cette procédure des Directives Anticipées mais il me semble effectivement que c’est une solution idéale pour apaiser les proches, voir ses volontés respectées et que tout se passe en fin de compte au mieux pour tout le monde.

      Merci Fabien 🙂 (et oui j’ai la joie d’avoir réussi sur mon site depuis 3 années des échanges courtois et respectueux de tous, je n’ai jamais eu d’intervenant problématique sur ce point : à croire qu’ils le reniflent et ne se le permettent pas !

      Répondre
      Ca Se Saurait - 26 septembre 2015
      1. J’oubliais, cette démarche est mise en place encouragée par l’Etat et la Sécu, avec un document type :
        http://www.sante.gouv.fr/IMG/pdf/les_directives_anticipees.pdf
        http://www.ameli.fr/fileadmin/user_upload/documents/Formulaire_directives_anticipees.pdf
        A toutes fins utiles…

        Répondre
        Fabien - 30 septembre 2015
        1. Super Fabien, merci 🙂

          Répondre
          Ca Se Saurait - 30 septembre 2015
  7. Si chaque cellule de mon corps contient ma conscience , le jour où je meurs à ce monde , j’ai besoin que chaque goutte de conscience fasse le grand saut avec moi (mon âme ?) , je ne peux pas partir en laissant un bout se promener encore ici …Si je connais quelqu’un qui a une méthode pour “nettoyer” mes organes, mes cellules avant que je sois complétement morte (puisqu’il ne faut pas l’être “tout à fait” pour pouvoir donner des organes) , pourquoi pas ? Sinon , pour recevoir un organe avec la conscience de quelqu’un d’autre ? je ne suis pas dans ce cas de figure , les receveurs disent bien que leur caractère a changé , qu’ils ont des gouts, des rêves, des envies qu’ils n’avaient pas avant …devoir prendre toute ta vie des médicaments qui donnent entre autre le cancer pour pouvoir supporter un greffon ???? l’espoir est dans les cellules souches , la transcendance ?

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    veronik - 25 septembre 2015
    1. Oui le problème spirituel de l’intégrité corps-esprit dans l’au-delà est une grande question à laquelle les religions ont choisi de répondre en disant qu’il est plus important d’être généreux avec son prochain et qu’il n’y a pas d’intégrité corps-esprit à ce moment-là. Le bénéfice est supérieur.
      C’est leur avis, personnellement je pense beaucoup aussi à ce que tu dis et suis persuadé que de même qu’une mère transmet des choses par le sang à son enfant, le donneur également : je n’ai pas d’avis sur le fait que ce soit bon ou mauvais mais je ne souhaite pas non plus que mes organes se baladent ailleurs.
      Qu’entends-tu par “transcendance” ?

      Répondre
      Ca Se Saurait - 26 septembre 2015
  8. personnellement je ne juge personne.chaque être est libre de son corps.parler de la mort n est déjà pas facile pour de nombreuses personnes , d ailleurs de nombreuses religions s appuient sur une vie dans l au delà
    .En ce qui me concerne je vis pleinement la seule vie que je connaisse sans me soucier d un au-delà hypothétique
    et comme disait un certain philosophe.en ce qui concerne notre mort!!!! la mort n ‘existe pas puisque”tant que je suis là la mort n y est pas.quand elle sera là je n y serai pas”
    personnellement j ai fais don de mon corps à la science ( le reste de biologie en moi)
    pour ceux qui sont contre posons leur la question à savoir!!! si le don d ‘ organe d une autre personne sauve un enfant ou membre de leur famille seraient ils contre???
    et je trouve que il n est pas besoin de faire une loi pour cela….faisons plutôt une grande campagne en développant ce que le don peut apporter
    salut a tous
    yvon

    Répondre
    fosse - 25 septembre 2015
    1. Oui Yvon mais comme nous le disions dans les commentaires et dans l’article la question n’est pas “et si ça pouvait sauver quelqu’un de ma famille?”, tout le monde se dit ça et ceux qui ne souhaitent pas donner ont souvent déjà réfléchi à cette question et choisissent pour autant de ne pas donner : sont-ils égoïstes ? Je ne crois pas pourtant donc c’est qu’il y a là autre chose à creuser à mon humble avis. En tout cas votre question est très intéressante et nous montre que le sujet est bien complexe ! (comme toujours en ce qui concerne les opinions puisqu’on ne peut juger seulement discuter)
      Personnellement cet argument ne me fait pas changer d’opinion (je ne souhaite pas donner mes organes) car dans ma vision de la vie si moi ou l’un de mes proches doit mourir c’est comme ça et si une intervention peut-être faite tant mieux mais sinon tant pis (je ne suis pas non-interventionniste comme certains religieux qui voudraient que l’on en fasse rien). Ce que je veux dire c’est que je n’hurlerais pas à la face du monde ma peine en me disant que cette mort aurait pu être évitée. J’accepte que cela soit comme ça, je ne rejetterais pas la faute du décès d’un de mes proches sur un éventuel donneur qui n’a pas donné. Tout simplement car c’est un choix que chacun a le droit de faire ou pas.

      Répondre
      Ca Se Saurait - 25 septembre 2015
  9. Bonjour 🙂 voici un article intéressant… Je suis justement confrontée au problème, je ne désire pas donner mes organes à ma mort, simplement parcequ’effectivement je ne crois pas aux greffes, si on peut dire cela comme ça.. Mais d’un autre coté mon compagnon a eu une leucémie et reçu une greffe de moëlle épinière, et me culpabilise, car lui aimerait donner mais ne peut pas, et il ne comprend justement pas qu’ayant ( éventuellement ) la possibilité de sauver une vie je ne le fasse pas, puisque la sienne a été sauvée par un geste similaire…

    Répondre
    Chama - 25 septembre 2015
    1. Bonjour Chama,

      Oui effectivement vous êtes dans une position pour le moins propice à l’échange d’idées ! Vous dites “je ne crois pas aux greffes” mais qu’est-ce qui profondément vous dérange dans le don d’organe et vous pousse à ne pas le faire ? Si vous arrivez à mettre le doigt et à exprimer précisément vos sentiments il n’y a pas de raisons que votre compagnon ne comprenne pas. Encore une fois insistez peut-être sur le fait que si le don d’organe peut sauver il n’est pas pour autant une obligation et relève du choix inaliénable de chacun donc en aucun cas il ne peut faire l’objet d’un jugement de valeur.

      Répondre
      Ca Se Saurait - 25 septembre 2015
  10. Très bon article, mais il manque je crois une autre raison de refus: les donneurs ne sont pas vraiment morts au moment du prélèvement, quand des gestes très traumatisants sont pratiqués sur eux.Ils meurent seuls, dans des conditions atroces(car il n’y a pas de sédation ) dans la salle de prélèvement, sans que les proches puissent être présents auprès d’eux.

    Répondre
    Hélène - 25 septembre 2015
    1. Toujours dans cette étude très intéressante de LEtablissement français des greffes” il est dit concernant le moment de la mort physique du patient donneur d’organes que :

      “Les médecins ne sont pas tous très à l’aise quant aux critères de la mort encéphalique, critiquant le manque de “solidité” et le caractère parfois arbitraire de ces critères. Le personnel souligne la peur de parvenir à un diagnostic trop précoce, malgré la concordance des différents paramètres permettant de diagnostiquer au mieux l’état de mort encéphalique. Le malaise des équipes médicales provient de la complexité du diagnostic de la mort encéphalique, mais aussi de la perception que chacun a de la mort. Ainsi, concernant les personnes pour qui la mort est synonyme d’arrêt cardiaque, le prélèvement suscite un réel
      embarras nécessitant de gérer leurs émotions et de maîtriser leur désaccord personnel avec le processus de prélèvement d’organes sur un individu dit décédé.
      En outre, les manifestations réflexes du donneur, susceptibles d’advenir pendant le prélèvement, suscitent aussi la gêne des équipes. Dans ce cas, l’anesthésie du donneur répond à un double objectif : recherche d’un effet pharmacologique et d’un équilibre psychologique des équipes chargées du prélèvement.
      La question de l’arrêt des soins
      Lorsque le prélèvement n’a pas lieu, ou en fin d’intervention de prélèvement, les anesthésistes débranchent rarement le patient. Cet acte représente un geste difficile à accomplir pour le personnel médical qui préfère recourir à d’autres moyens provoquant l’arrêt du cœur. Pour palier à cette difficulté, certains centres hospitaliers ont formalisé un protocole précis après discussion et décision consensuelle déterminant les acteurs responsables de l’extubation. ”

      Donc effectivement comme tu le dis le patient donneur d’organe meurt physiquement de l’arrêt des soins et des aides respiratoires (ou autres) extérieures. Ceci dit ils parlent d’une anesthésie donc le patient reste sous anesthésie quand cela lui arrive (d’après ce que j’ai compris).
      D’après ce document d’Hopital.fr

      “Le constat de mort repose sur trois observations cliniques : l’absence totale de conscience et de mouvements, la disparition totale des réflexes du tronc cérébral, l’absence de respiration spontanée. La mort implique donc toujours la destruction totale et irréversible des fonctions de l’encéphale, à savoir l’ensemble formé par le cerveau, le cervelet et le tronc cérébral.

      Le prélèvement d’un ou de plusieurs organes est envisagé après le constat de décès. Les organes sont maintenus artificiellement en état de fonctionner par des techniques de réanimation jusqu’à l’opération de prélèvement. Le corps, traité avec respect, est ensuite rendu à la famille.”

      Donc cela ne se fait que sur donneur reconnu comme étant déjà parti mais je sais que c’est un vaste débat la mort encéphalique et son évaluation au vu de ce que nous en connaissons !

      Répondre
      Ca Se Saurait - 25 septembre 2015
  11. Perso je suis pour, je l’ai dit à mon compagnon. J’ai dit qu’ils peuvent tout prendre sauf mes reins qui sont malades et mes yeux car j’ai toujours penser que les yeux étaient le reflet de l’âme. le reste je suis fermement convaincue que je n’en aurais plus besoin alors pour moi, autant que ça serve à quelqu’un d’autre.

    Néanmoins je comprend les gens qui s’y oppose, je ne les juge pas. chacun son choix et tout le monde est heureux!

    Répondre
    Artémis - 25 septembre 2015
    1. Salut Artémis et merci pour ton avis, tu semble toutefois pas du tout dans le jugement envers ceux qui font un choix différent et c’est fort agréable (mais je n’en attendais pas moins de toi^^)

      Bises 🙂

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      Ca Se Saurait - 25 septembre 2015
  12. Pour ma part je me suis inscrite sur le registre des refus… dès ma majorité. La greffe est un sujet qui est arrivé très tôt sur le tapis dans mon foyer à cause de ma maladie et j’ai refusé. L’idée d’être greffée me dégoûte et donc, par conséquence, l’idée de voir mes organes dans quelqu’un d’autre aussi. Je ne trouve pas ça naturel, sain. J’ai eu quelques personnes pour juger lorsque je leur en ai parlé mais je leur ai vite signifié que je n’avais rien à cirer de leur avis et le sujet est clos.
    Mon homme aussi est contre, mais il n’a pas envie de dépenser un timbre pour s’inscrire sur le registre en question. Après je connais son avis sur la question mais comme nous ne sommes pas “liés” (pas de mariage, pas de pacs), est-ce qu’on tiendra compte de mon message ? Je ne sais pas.
    J’ai envie de dire, le don d’organe, on a chacun notre avis sur la question et on se fiche de celui des autre. Ce ne sont pas les autres qui se feront prélever à notre place le jour J, donc ils n’ont pas leur mot à dire.

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    Kariana - 25 septembre 2015
    1. Salut Kariana,

      C’est ça que j’aime chez toi justement : tu as bien raison de t’en foutre de l’avis des autres 🙂
      Donc toi la raison principale à ton refus c’est que tu ne trouve pas cela sain d’échanger ses organes et qu’ils se retrouvent dans quelqu’un d’autre quoi…
      Merci en tout cas pour ton avis et saches d’après cette étude que si il y a un doute (genre ta belle-mère veut qu’il donne et toi tu affirmes que non, même juste concubin, les médecins ne vont pas faire une enquête alors qu’ils n’ont que quelques heures pour décider, si tu es là et que la famille te reconnait comme sa conjointe cela suffit, ils ne prélèvent pas). Voici les paragraphes concernés :

      “Entente et hiérarchie relationnelle entre les parents du défunt
      L’influence des ascendants ou des descendants est plus importante que celle des parents
      par alliance ou des collatéraux du défunt. L’avis du conjoint ou du concubin dans la phase
      de réflexion sur le don d’organes apparaît comme secondaire, voire occulté lorsque la
      personne est peu ou pas (re)connue par la famille d’origine du défunt.
      On note clairement la prééminence de l’avis de la mère du défunt face aux avis et/ou
      hésitations des autres membres de la famille. La mère se trouve à la tête d’une
      hiérarchisation au sein du groupe familial face à la décision du prélèvement d’organes de
      son fils ou de sa fille. Il est fréquent de voir la famille refuser le prélèvement car la mère du
      défunt n’est pas ou est supposée ne pas être favorable au don d’organes.
      Certains proches par alliance ont regretté le peu d’intérêt qui fut porté à leur avis face à la
      famille d’origine avec laquelle le défunt avait gardé relativement peu de contacts. ”

      La loi précise (ce que je ne trouve pas très clair non plus mais quand même):

      “1-2-2-2 – Le recueil auprès des proches du défunt de l’opposition exprimée par celui-ci de son vivant
      Le registre national automatisé des refus de prélèvements n’est évidemment pas le seul moyen qui s’offre aux médecins pour connaître la volonté du défunt. Le code de la santé publique énonce : «Si le médecin n’a pas directement connaissance de la volonté du défunt, il doit s’efforcer de recueillir auprès des proches l’opposition au don d’organes éventuellement exprimée de son vivant par le défunt, par tout moyen…».
      Par rapport à la rédaction antérieure (loi du 29 juillet 1994) qui visait le « témoignage de la famille sur la volonté du défunt », on retiendra la suppression de la référence à la « famille du défunt » pour lui substituer les termes de « proches », ce qui est préférable dans la mesure où le défunt peut ne pas avoir de famille (parents ou conjoint) mais néanmoins des amis ou un concubin ou bien encore un partenaire de PACS. La notion de famille était trop étroite.
      La nouvelle formule prévue par la loi a été voulue pour limiter les contournements par les proches de la règle du consentement présumé. Sera-t-elle efficace ?
      Par ailleurs, même si la loi de 2004, comme celle de 1994, n’impose pas au médecin qui ne connaît pas la volonté du défunt de recueillir celle-ci auprès des proches, elle l’oblige néanmoins à une démarche en ce sens («il doit s’efforcer »), ce qui prohibe clairement l’abstention.
      L’arrêté du 27 février 1998 portant homologation des règles de bonnes pratiques relatives au prélèvement d’organes à finalité thérapeutique sur une personne décédée confirme d’ailleurs la nécessité d’une telle démarche et prévoit même des dispositions particulières lorsque la famille ne peut être jointe.
      La loi ne confère donc aucune valeur légale à la carte de donneur volontaire telle que celle distribuée par FRANCE ADOT. Il appartient à tous ceux qui se sont prononcés favorablement pour le don d’organes, qu’il soient ou non en possession d’une carte, de faire connaître cet avis à leurs proches, afin qu’ils soient en mesure de témoigner de l’absence d’opposition au don d’organes exprimée du vivant.
      La loi prévoit que les proches du défunt doivent être informés de la « finalité des prélèvements envisagés » comme de leur « droit à connaître les prélèvements effectués ». Ceci traduit le souci du législateur de garantir aux proches du défunt une meilleure information quant aux prélèvements envisagés et effectués (nature et étendue).
      Il existe un lien évident entre le consentement et l’information due pour l’éclairer. De la même façon que l’intéressé, de son vivant, doit être informé pour exprimer une volonté éclairée, ceux qui sont admis à témoigner de cette volonté après sa mort doivent eux-mêmes être informés des prélèvements envisagés sur la personne décédée. C’est au demeurant la moindre des choses si l’on prétend donner du sens au respect que chacun, y compris le médecin, doit à l’égard de ceux qui ne sont plus.”

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      Ca Se Saurait - 25 septembre 2015