Hashtag #pasletemps

Faut-il vraiment inventer la journée de 48 heures pour répondre aux besoins de certains de nos concitoyens ?

Accro au portable

De nombreux français semblent souffrir d’un étrange mal : nous avons toujours plus de temps libre et pourtant l’impression que nous n’avons plus le temps pour RIEN. 
Plus le temps de cuisiner, plus le temps de lire un livre jusqu’au bout, plus le temps de marcher pour aller à la boulangerie pourtant à un kilomètre.

Nous sommes fatigués, vidés. Nous ne trouvons plus de sens à notre vie.

Pierre par exemple, travaille depuis dix ans dans une grande entreprise et a été particulièrement touché par ces satanées journées trop courtes !

Alors qu’ il était bercé par le paisible métro/boulot/plat de lasagnes au cheval/dodo sa femme a brusquement décidé de le quitter en emmenant les enfants sous le fallacieux prétexte « qu’ils ne faisaient plus que se croiser » et que Pierre avait oublié (quelque fois) le prénom du petit dernier…

Mais qu’est-ce qui avait pu clocher ?!

Parmi ses 4 519 followers Twitter personne n’avait la réponse…

Hyperconnecté

En remontant le fil des évènements Pierre s’est rappelé qu’il est vrai que lorsqu’il rentrait le soir, son fils avait beau lui tirer la manche pour lui demander de jouer avec lui, il était plus intéressé par cette blonde de la dernière télé-réalité Les Marseillais en Corée du Nord

Il est vrai aussi qu’avec les années ses amis avaient pris de la distance. Ils trouvaient « énervant » que Pierre passe sa soirée à poster les photos des plats sur Instagram ou à tweeter immédiatement chaque blague hashtag #tropbonnecettesoirée.
Mais qu’avaient-ils tous à le critiquer ?! Pierre vivait avec son temps voilà tout. Non, sa vie virtuelle n’empiétait pas sur sa vie réelle et il était tout à fait capable de gérer les deux. Les livres, la nature et les longues discussions au coin du feu… toutes ces vieilleries très peu pour lui !

D’ailleurs, il avait pris sa décision ! Envoyer sa proposition de loi au gouvernement et demander à passer à la journée de 48 heures ! Cela résoudrait forcément tous ses problèmes !
Quelque temps plus tard Pierre il reçut la réponse :

« Cher citoyen,

Merci de votre participation active à la vie de notre République… blablabla… proposition peu réaliste… blablabla
Mais tenez-vous informé… actualité… gouvernement hashtag #surtoutneprendreaucunrisquejusqu’en2017 »

Comme il en avait pris l’habitude lorsqu’il se sentait mal, Pierre alla se consoler en faisant du shopping pendant des heures au centre commercial du coin. Il en ressortit avec un t-shirt à 100 € qui avait coûté 50 centimes à produire en Asie et une montre connectée qui, il en était sûr, le remotiverait à faire du sport grâce à cette nouvelle application de coaching virtuel !
En rentrant les bras chargés Pierre vit, taguée sur un mur, cette phrase de Gérard Jugnot :

« L’imbécile ne peut pas se définir mais on peut toujours donner des exemples ».

Qu’ils sont cons ces artistes ! pensa Pierre… et il posta la photo accompagnée de son commentaire sur Instagram…


Pour aller plus loin :

“Selon un sondage de Pew Internet Project, 67% des personnes interrogées possédant un téléphone portable avouent regarder leur smartphone pour vérifier si elles n’ont pas de messages, appels ou textos même quand aucun signal n’a retenti.

44% disent dormir avec leur téléphone portable à côté du lit ou sous l’oreiller pour ne rien rater. Pire, 29% disent « ne pas pouvoir s’imaginer sans leur téléphone ». Le smartphone a eu un tel impact sur nos vies que beaucoup d’entre nous en sont devenus esclaves.”
(source Addiction au smartphone sur PhoneAndroid.com)

 

Journaliste indépendante et animatrice à Radio France, je vous informe sans concession !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Comments (15)

  1. Coucou,

    Alors autant je ne sais pas pour la partie addiction au téléphone (bien que j’en sois surement aussi atteinte vu que j’ai une galerie instagram)(d’ailleurs j’ai rencontré de très bonnes amies dessus)(bref), autant cette phrase “Comme il en avait pris l’habitude lorsqu’il se sentait mal, Pierre alla se consoler en faisant du shopping pendant des heures au centre commercial du coin” résonne très fort chez moi.

    Je suis toujours perplexe face à mes proches qui choisissent d’aller faire les boutiques comme passe-temps les weekends et/où qui regardent la télé-réalité. Ce sont les mêmes qui me demandent comment je fais pour trouver le temps de cuisiner, de faire beaucoup de sport et de lire autant. Je t’avoue que je passe beaucoup pour une extraterrestre, moi la fille fan de thé, de bouquins et de promenades en forêt. Et puis parfois, je me sens un peu isolée parce que quasiment la seule de mon entourage à valoriser ce genre d’activités plutôt que de sortir en boite et de boire beaucoup. J’ai beau savoir que ça m’apporte beaucoup, parfois, j’aimerais bien être “normale”, à savoir rentrer dans le moule classique !

    J’aime beaucoup ton blog, que je découvre et que j’ajoute à mes favoris.
    Belle journée

    Répondre
    Gwen - 15 décembre 2016
    1. Salut Gwen, oui décidément on échange beaucoup ces dernières heures (et ça me plaît ! ^^) 🙂
      Je fais exactement le même constat que toi et très franchement je suis tellement en marge de cette société que tu décris (sans l’exécrer pour autant) que je me fiche bien de ce moule oud e ce que les gens peuvent dire ou faire. Plus j’avance en âge plus je m’en détache et c’est tant mieux, chaque tentative de me “couler dans le moule” dans ma jeunesse ne m’a valu que malheur. Je crois au contraire qu’il faut ne vivre que selon les leçons que l’on tire de son expérience (puisque chacun en a une différente. Tiens, pour nourrir ta réflexion, je suis en trai de lire Pour une morale de l’ambiguité de Beauvoir et elle y déroule une réflexion très intéressante à propos de la morale, vie en sociéte, etc. Elle dit, en gros, que comme notre vie sur Terre n’a en soi aucune autre raison autre que d’être, il ne faut vivre que selon les préceptes de cet être, c’ets à dire nous-même. C’est l’existentialisme : (définition Wikipedia) ” L’existentialisme considère chaque personne comme un être unique maître de ses actes, de son destin et des valeurs qu’il décide d’adopter.”. Perso ça me parle et je t’invite à lire sur le sujet si ça te fait le même effet 🙂

      Répondre
      Ca Se Saurait - 15 décembre 2016
      1. Effectivement cette phase me parle beaucoup.
        D’ailleurs, sans connaitre ce texte, j’essaie de vivre au mieux en accord avec mes valeurs et de ne pas tenir compte du moule de la société.
        Ceci dit, parfois, et bien je me sens bien seule. 😉 Et ça peut être assez dur à vivre, même si ce ne sont que des phases.
        Je note la référence de Beauvoir ! Merci.

        Répondre
        Gwen - 16 décembre 2016
        1. Ha ça, il y aura toujours des moments de bas mais si tu t’entoures bien (même de peu de gens), si tu trouves un sens à tes actions (même minimes) et si tu arrives à allier un minimum (voire un maximum !) tes pensées avec tes actions alors là c’est bingo 🙂

          Répondre
          Ca Se Saurait - 16 décembre 2016
  2. Comme promis…

    “Un jour, un vieux professeur de l’Université fut engagé pour donner une formation sur la planification efficace de son temps à un groupe d’une quinzaine de dirigeants de grosses compagnies nord-américaines. Ce cours constituait l’un des cinq ateliers de leur journée de formation. Le vieux prof n’avait donc qu’une heure pour “passer sa matière”.
    Debout, devant ce groupe d’élite (qui était prêt à noter tout ce que l’expert allait enseigner), le vieux prof les regarda un par un, lentement, puis leur dit: “Nous allons réaliser une expérience”. De dessous la table qui le séparait de ses élèves, le vieux prof sortit un immense pot de verre de plus de 4 litres qu’il posa délicatement en face de lui. Ensuite, il sortit environ une douzaine de cailloux à peu près gros comme des balles de tennis et les plaça délicatement, un par un, dans le grand pot. Lorsque le pot fut rempli jusqu’au bord et qu’il fut impossible d’y ajouter un caillou de plus, il leva lentement les yeux vers ses élèves et leur demanda:
    “Est-ce que ce pot est plein?”.
    Tous répondirent: “Oui”.
    Il attendit quelques secondes et ajouta: “Vraiment?”. Alors, il se pencha de nouveau et sortit de sous la table un récipient rempli de gravier. Avec minutie, il versa ce gravier sur les gros cailloux puis brassa légèrement le pot. Les morceaux de gravier s’infiltrèrent entre les cailloux… jusqu’au fond du pot.
    Le vieux prof leva à nouveau les yeux vers son auditoire et redemanda: “Est-ce que ce pot est plein?”.
    Cette fois, ses brillants élèves commençaient à comprendre son manège. L’un d’eux répondit: “Probablement pas!”. “Bien!” répondit le vieux prof.
    Il se pencha de nouveau et cette fois, sortit de sous la table un sac de sable. Avec attention, il versa le sable dans le pot. Le sable alla remplir les espaces entre les gros cailloux et le gravier.
    Encore une fois, il demanda: “Est-ce que ce pot est plein?”.
    Cette fois, sans hésiter et en choeur, les brillants élèves répondirent: « Non ! ». « Bien ! » répondit le vieux prof.
    Et comme s’y attendaient ses prestigieux élèves, il prit le pichet d’eau qui était sur la table et remplit le pot jusqu’à ras bord. Le vieux prof leva alors les yeux vers son groupe et demanda:
    “Quelle grande vérité nous démontre cette expérience?”
    Pas fou, le plus audacieux des élèves, songeant au sujet de ce cours, répondit: “Cela démontre que même lorsque l’on croit que notre agenda est complètement rempli, si on le veut vraiment, on peut y ajouter plus de rendez-vous, plus de choses à faire”.
    “Non” répondit le vieux prof. “Ce n’est pas cela. La grande vérité que nous démontre cette expérience est la suivante: si on ne met pas les gros cailloux en premier dans le pot, on ne pourra jamais les faire entrer tous, ensuite”.
    Il y eut un profond silence, chacun prenant conscience de l’évidence de ces propos. Le vieux prof leur dit alors: “Quels sont les gros cailloux dans votre vie ? Votre santé, votre famille, vos ami(e)s, réaliser vos rêves, faire ce que vous aimez, apprendre, défendre une cause, vous relaxer, ou toute autre chose ?
    Ce qu’il faut retenir, c’est l’importance de mettre ses GROS CAILLOUX en premier dans sa vie, sinon on risque de ne pas réussir sa vie. Si on donne priorité aux peccadilles (le gravier, le sable), on remplira sa vie de peccadilles et on n’aura plus suffisamment de temps précieux à consacrer aux éléments importants de sa vie. Alors, n’oubliez pas de vous poser à vous-même la question : Quels sont les GROS CAILLOUX dans ma vie ? Ensuite, mettez-les en premier dans votre pot (vie) ».
    D’un geste amical de la main, le vieux professeur salua son auditoire et lentement quitta la salle.

    Répondre
    Fabien - 12 janvier 2016
    1. Je suis sûre qu’elle plaira à ceux qui ne l’avaient jamais entendu 🙂

      Répondre
      Ca Se Saurait - 12 janvier 2016
    2. Je n’avais jamais lu une expérience aussi passionnante !

      Et concernant ton article je l’applaudis de mes mains et (même de mes pieds lol). Plus sérieusement, insidieusement, notre temps se raccourcit car nous “remplissons” des choses inutiles au lieu de regarder l’important. Cela m’invite à une remise en question sur ma propre vie !
      Merci

      Répondre
      Jia - 16 janvier 2016
      1. Salut Jia et merci pour ce commentaire aussi enjoué qui m’a mis le sourire aux lèvres 🙂

        J’ai rédigé ce billet comme un billet d’humeur que tu pourrais entendre le matin en radio puisque je postule très prochainement pour avoir ma propre émission ou chronique sur une radio nationale ^^
        Je me suis inspiré du précédent billet Plus de temps libre : mais pour faire quoi au juste ? et je l’ai rédigé comme si je devais faire un billet d’humeur pour une matinale en radio, une fois achevé je me suis dit pourquoi pas leur partager ?!

        Je suis très heureuse que cela ait eu un impact, c’était le but !

        Répondre
        Ca Se Saurait - 16 janvier 2016
    3. Une histoire fantastique, je m’en vais de ce pas dessiner le pot et l’accrocher sur mon mur ! (Le must serait bien sur de refaire l’expérience en vrai)

      Merci pour ces articles sur le temps, chaque seconde est importante…

      Répondre
      Adeline - 12 février 2016
  3. J’adore. Merci pour cet article.
    C’est tellement plein de vérités. Et ça fait flipper…

    Répondre
    Austenland - 12 janvier 2016
    1. Merci, j’ai essayé de le penser comme un billet d’humeur en radio d’où la forme inhabituelle, à refaire alors !

      Répondre
      Ca Se Saurait - 12 janvier 2016
  4. Amusant : juste ce soir je sui tombé un article (en anglais) qui aborde le même sujet mais du point de vue de la neuropsychiatrie :

    http://articles.mercola.com/sites/articles/archive/2016/01/10/brain-chains-multitasking.aspx

    Bien qu’il soit belge, sur ce sujet je n’ai aperçu de Théo Compernolle que des entretiens et bouquins en anglais. Son court CV est ici :

    http://www.babelio.com/auteur/Theo-Compernolle/143624

    En résumé, il parle de nos “3 cerveaux” :

    1) le cerveau “réflexe” (corps gris) qui est le plus ancien et qui réagit automatiquement aux sollicitations. Il est multitâches, c’est celui qui fonctionne par exemple quand nous conduisons un véhicule

    2) le cerveau “réfléchissant” (cortex) qui est capable d’abstraction et de raisonnement sur des objets qui n’existent pas forcément. Celui-ci n’est pas multitâche.

    3) le cerveau “archiviste” qui stocke les informations. Lui non plus n’est pas multitâches et en plus il ne peut pas fonctionner tant que le précédent fonctionne. Son travail s’effectue donc principalement dans le sommeil.

    En nous laissant entraîner dans des travaux multitâches, nous utilisons principalement le cerveau “réflexe”, au prix des activités qui nous permettraient de maîtriser les situations et d’intégrer les expériences. C’est un sabotage de la créativité et de l’intelligence.

    Il y a très longtemps que j’avais envisagé ce problème, bien avant l’arrivée du courrier électronique et du web. Quand on fait de la programmation on a naturellement tendance à se mettre en multitâche. Or à une époque j’ai travaillé avec un biologiste reconverti à la musicologie. Je me souviens avec un immense plaisir du moment où on avait posé une question qui paraissait sans réponse, et il disait : “let us sit down and have coffee!” Puis au moment de servir il criait : “this cup is not clean!” et il se mettait à frotter la tasse comme un biologiste qui va utiliser un tube à essais…

    J’ai continué à le faire en travaillant seul : face à un problème, on s’assied, on fait le vide, on nettoie la tasse, on a toute la vie devant soi et c’est terriblement excitant. Ça m’a ouvert bien des portes…

    Répondre
    Bernard Bel - 12 janvier 2016
    1. Merci pour ces explications scientifiques Bernard c’est très intéressant. Dans un livre sur Internet que je vais bientôt vous chroniquer j’ai pu lire une chose similaire : les moteurs de recherche, remplaçant la tâche d’archiviste et active de notre cerveau diminue nos capacités de concentration car nous “zappons” sans cesse d’une idée, d’une info, d’une chaîne, d’un site à l’autre et que nous ne choisissons plus l’info que ‘on choisit pour nous.
      Cela paraît tout con mais je pense que malheureusement c’est très important d’apprendre à lutter contre !

      Merci pour ce beau commentaire 🙂

      Répondre
      Ca Se Saurait - 12 janvier 2016
      1. C’est vrai qu’il n’est pas évident de nager à contrecourant… Je constate aussi qu’en dehors des sites conspirationnistes (assez faciles à identifier) il y en a aussi qui utilisent le scepticisme comme fond de commerce. Par exemple pour dénoncer comme “charlatan” tout médecin ou chercheur qui sort un peu des rails du “mainstream” – de ce qui a été consacré comme vérité ultime. Une fois qu’on présente son site comme “debunking” (dénoncer les rumeurs) on ne fait plus que ça : chercher des poux dans la tête de ceux qui ne font pas que répéter du connu. Alors que l’activité scientifique est une perpétuelle remise en question des acquis…
        On peut dénoncer l’absence de preuves expérimentales (qui ne suffit pas à rejeter une hypothèse) ou encore les généralisations hâtives, mais ça ne disqualifie pas pour autant les auteurs. Sur une page de http://www.sciencebasedmedicine.org, je me souviens d’avoir vu l’auteur citer J. Mercola (à propos de je ne sais plus quel avis) ajoutant que ça l’embêtait beaucoup car Mercola est forcément un “quack” (charlatan) qui fait campagne contre l’obligation vaccinale – ce qui n’avait rien à voir avec le sujet. C’est la tendance (forte aux USA) de classer tous les individus en “good” or “bad”.
        Je constate ces raccourcis de pensée au quotidien, en prenant le temps d’étudier en détail certains sujets, comme ceux qui font en ce moment l’objet de sérieuses remises en question et de controverses pas toujours bien documentées. Je peux citer la supplémentation en vitamine D, où l’Académie de médecine française n’a pas été au meilleur de sa forme : http://lebonheurestpossible.net/nutrition/vitamines/vitamine-d/
        Au fond, ça revient à prendre son temps pour étudier un sujet sous tous ses aspects.
        Aïe, je viens de recevoir un excellent bouquin de Campbell sur l’exercice que je vais devoir le lire (et pratiquer) en entier ! 😉

        Répondre
        Bernard Bel - 12 janvier 2016
        1. Oui je connais et vois bien ce genre de site, tout aussi stupide car tout aussi extrêmes finalement que les conspirationnistes et autres qu’ils cherchent à dénoncer. Dans un sens comme dans l’autre l’ignorance et les œillères semblent être la règle, comme si comprendre que les choses soient complexes était insurmontable pour tous ceux là…

          Répondre
          Ca Se Saurait - 12 janvier 2016