Sommes-nous en train de “tuer” les moins de trente ans ? [Interview de Vincent Cespedes]

” Tu es jeune : tu as le droit de te contenter d’exister, sans efforts ni courbettes […] seul problème, tes aînés, pour s’empêcher de faire leur examen de conscience, se sont mis d’accord pour transformer ce droit en devoir.”

Génération y

Oser la jeunesse de Vincent Cespedes produit cent trente pages d’une lucidité rare sur ce que vivent actuellement les moins de trente ans à qui la société, quoi qu’elle dise, ne veut donner aucun rôle, aucune place réelle.

Ce livre a remué en moi une colère que je tente d’enfouir chaque jour pour ne pas y céder et me décrédibiliser face à mes aînés. Ces aînés qui, sans procéder à une victimisation stérile, m’empêchent de me réaliser, m’empêchent d’accéder à ce à quoi ils accédaient au même âge, refusant de se rappeler ce qui bouillonnait en eux au même âge.
Vincent Cespedes, philosophe de quarante-deux ans touche juste avec cet essai : être jeune n’est pas un crime et les jeunes eux-mêmes ne doivent pas céder à cet écrasement, à ce poids que leur inflige la société contemporaine.

“Nous ne sommes pas obligés de broyer nos rêves parce qu’on nous répète à longueur de journée que nous devrions être raisonnables, nous plier aux dures lois de la conjoncture économique.”

Nous ne sommes pas obligés de faire semblant de rêver à la morne grisaille d’une vie de bureau. Nous ne sommes pas obligés de broyer nos rêves parce qu’on nous répète à longueur de journée que nous devrions être raisonnables, nous plier aux dures lois de la conjoncture économique. Nous ne sommes pas obligés de croire ce que l’on nous dit et de penser que nous sommes une génération sacrifiée, que c’est comme ça, que c’est pas de chance. Une génération qui n’aura pas le temps de s’amuser parce qu’elle doit faire des études puis qui ensuite devra donner ses jeunes années à des entreprises qui, pour l’en remercier, la précariseront, l’exploiteront et finalement l’éjecteront comme un numéro. Un numéro qui au final ne sera même pas sûr de finir par toucher une retraite qu’il a pourtant durement cotisée pour ses aînés.

Une génération qui comme l’écrit Cespedes n’a rien des “lisses caricatures de la télé-réalité ni des braves futurs précaires que la propagande néolibérale se charge de résigner“, une génération qui ne croit plus dans la politique, les journalistes, les intellectuels et les valeurs humanistes mais dont “les plus téméraires [malgré leur désillusion] tentent vaille que vaille de se trouver une ambition capable d’inverser leur frustration en un projet pourvoyeur de sens, de plénitude et de dignité.”

Bref. Le constat est clair pour les moins de trente ans qui vivent en 2016 : on sent bien qu’on ne veut pas vraiment de nous, que l’on ne nous considère pas. Hormis pour ce que l’on peut emmener comme énergie pour servir un système qui nous broie. Ce qui est plus rare c’est qu’un plus de trente ans le dise également.

En cela je remercie Vincent Cespedes de s’être emparé d’un sujet avec autant de franc -parler.

“Tout cela débute avec une école [qui est en fait un] “système de sélection et de conditionnement à des vies misérables de consommateurs au détriment de l’essor de l’intelligence, de la passion et de la lucidité””

Oser la jeunesse, après avoir tiré un constat accablant d’une société sclérosée propose six pistes pour un vrai lien entre les jeunes et leurs aînés.

Mais reprenons les choses du début comme le propose Vincent.

Tout cela débute avec une école qui étouffe les ambitions, les rêves, la créativité pour mieux nous faire rentrer dans le futur moule qui nous attend : un “système de sélection et de conditionnement à des vies misérables de consommateurs au détriment de l’essor de l’intelligence, de la passion et de la lucidité“. S’y ajoutent les paroles des parents qui veulent du rentable, du raisonnable. Et pour cause, eux-mêmes en ayant étouffé leur jeunesse ont eu en échange de leurs sacrifices une vie plutôt tranquille. Mais aujourd’hui la machine s’est enrayée.
Comme je l’écrivais dans Les inattendues vertus de la crise “Nous avons appris à l’école à être de bons petits citoyens plutôt dociles et nous aurions accepté ces contraintes si nous avions eu en échange ce qui nous était promis : la tranquillité d’esprit d’une vie avec un emploi dans un pays stable où nos droits sont à peu près égaux à nos devoirs. Bref, un certain équilibre. Mais arrivés à l’âge adulte tout ce qui nous a été offert est un monde dévasté économiquement, socialement, écologiquement et qui chaque jour crée un peu plus de règles. Une overdose de règles qui favorise toujours les mêmes pendant que parallèlement les droits des autres sont de plus en plus bafoués…”. 

Pour Vincent Cespedes, tout cela entraîne des “frustrations artificielles et sans suite” que l’on s’acharne à calmer. L’instinct étouffé et une “panne de sens” généralisée se repaissent dans ce que propose la société : sport, shopping, people, alcool, drogues, complotisme et porno.
Résultat, faute de mieux, nous acceptons la grisaille. Le tableau qu’il dresse est la pure vérité mais nous-mêmes, jeunes, voulons éviter de la voir en face parce qu’elle nous fait trop peur, trop souffrir. Pourtant quoi de mieux que de prendre conscience de la réalité pour enfin agir en conséquence et s’élever contre ? Devons-nous attendre que quelqu’un comme Vincent Cespedes nous sorte de notre coma en nous disant que lui aussi constate cela de l’extérieur pour agir ?

” Tu deviendras vite morne, prévisible et sans poésie forte; ils te diront “adulte, “mature” et “rangé-e”. D’autre part tu ne peux vraiment te débarrasser des questions ardentes, parce qu’elles font ta curiosité, ta sensibilité, ta mémoire […] tôt ou tard elles reviendront te hanter. A la moindre crise, dès que ton bonheurisme de façade vacillera.”

Je vous propose pour approfondir le sujet d’en discuter directement avec l’auteur…


CaSeSaurait : Vous faites un constat brutal, sans concession à propos de la place des moins de trente ans en France et dans nos sociétés modernes. Comment cette exclusion de la jeunesse se traduit concrètement ?


Vincent Cespedes :

L’exclusion ce sont des chiffres que la sociologie nous fait remonter qui montre que la jeunesse est précarisée que ce soit pour l’accès au logement, à un travail fixe etc. Elle est frappée par le chômage, par des discriminations et tous les indicateurs sociologiques nous montrent qu’on à affaire à une génération très malmenée au niveau économique et au niveau de la représentation médiatique. Très peu de jeunes finalement participent à des émissions de télé, de radio pour parler de la marche du monde et pas pour faire de la téléréalité. Donc on a à affaire à une jeunesse qui n’est pas là qui est toujours mise de côté, malmenée et peu considérée.

Alors qu’avant les jeunes intervenaient dans Le Cercle de Minuit ou dans certaines émissions de débat aujourd’hui on ne les voit quasi exclusivement qu’à travers la téléréalité. Or ce phénomène de téléréalité, qui s’est généralisé depuis les années deux mille, présente une jeunesse décérébrée, soumise à la production et qui n’a rien à dire, qui n’a aucune envie de participer au débat sur ce qu’est le monde aujourd’hui. Cet oubli des jeunes par la société est donc validé et camouflé par la présence factice de la jeunesse dans les émissions de téléréalité.

jeunesse vincent cespedes


CaSeSaurait : Vous énoncez que “nos démocraties historiques en gelant leur histoire et en enfermant leur avenir dans la répétition se flétrissent“, que “les citoyens s’assèchent en masse passé trente ans” et que “partout ce sont les mêmes conventions, les mêmes personnages, les mêmes invariants“. Qu’est-ce que cela dit de notre société, de ses peurs ? Comment en sommes-nous arrivés là ?


Vincent Cespedes : La jeunesse est mal vue, mal perçue et mal aimée, malgré les discours jeunistes qui disent le contraire, (l’amour de la jeunesse affichable, commercialisable) donc on veut de la jouvence mais on ne veut pas les jeunes. Pourquoi ? Parce qu’il y a deux choses que la jeunesse a et que notre société ne peut plus supporter.

“la néorésistance : la résistance des nouvelles générations. C’est de refuser une part d’héritage en proposant un nouvel héritage pour les générations suivantes. C’est foncièrement culturel, civilisationnel […] Or ça on n’en veut pas. La jeunesse critique c’est vraiment l’ennemi à abattre aujourd’hui.”

La première chose c’est que les jeunes ont naturellement un regard critique sur la société qu’on leur laisse. Ce regard critique c’est la capacité à dire ce qu’ils veulent garder ou rejeter, refuser, combattre. Ce tri fait partie de la marche des générations, c’est presque l’espère humaine qui fonctionne comme ça, dans une sorte de respiration où les aînés proposent un héritage et les jeunes choisissent dedans et inventent autre chose. C’est ce que j’appelle la néorésistance : la résistance des nouvelles générations. C’est de refuser une part d’héritage en proposant un nouvel héritage pour les générations suivantes. C’est foncièrement culturel, civilisationnel, je refuse de l’héritage, je critique, je résiste mais y’a du néo c’est-à-dire je crée autre chose. Or ça on n’en veut pas. La jeunesse critique c’est vraiment l’ennemi à abattre aujourd’hui. La scène emblématique de ça dans l’histoire française c’est Balavoine qui dit ses quatre vérités à François Mitterrand sur un plateau télé ou encore Renaud qui chante des chansons savoureuses et extrêmement corrosives. C’est toute une jeunesse dans les années 70 qui était rebelle et contestataire. Or aujourd’hui cette idée d’une jeunesse contestataire de l’état politique du monde est insupportable pour nos élites et pour la représentation qu’ils construisent et injectent dans les cerveaux. On ne veut pas d’une jeunesse contestataire, insoumise. Si les jeunes doivent crier c’est pour consommer, voilà ce qu’on veut comme image.

“que la jeunesse crie, se démène, fasse des blagues, soit irrévérencieuse on la veut si c’est pour servir la consommation. Donc c’est une jeunesse pro-capitaliste qu’on essaie de créer à tout prix.”

Regardez le rap qui défonce le système dans les années 90 et qui aujourd’hui pousse à consommer. Donc ça, que la jeunesse crie, se démène, fasse des blagues, soit irrévérencieuse on la veut si c’est pour servir la consommation. Donc c’est une jeunesse pro-capitaliste qu’on essaie de créer à tout prix. Mais que ce soit une jeunesse contestataire en écologie, dans le changement des paradigmes qu’il faut faire aujourd’hui, contre des barrages, des aéroports, une jeunesse qui est contre les injustices, qui dit non dans la rue etc. on-ne-la-supporte-pas. On demande donc à la jeunesse qu’elle soit soumise pour faire le job. “Faire son job” quand on est jeune c’est être soumis et du coup il faut qu’elle accepte les CDD, les piges, la précarisation, l’absence dans les médias, l’absence de parole, etc.

” l’entreprise, qui avec un management par le stress et un travail sans sens brise les individus, […] nous vend cette capacité de jouvence qui dit “malgré ça tu dois, jeune cadre dynamique, trouver les ressources en toi-même pour renaître et rebondir” [ce qui] sert un discours qui est dominant, celui de la course au profit à court terme et à la concurrence généralisée.”

La deuxième chose c’est l’obsession de la jouvence dans nos sociétés. La jouvence c’est l’énergie de la jeunesse et cette énergie on la vend. Le capitalisme médicalisé fait la promesse de la sucer chez les jeunes pour la refourguer chez les vieux. C’est par exemple sur les plateaux télé l’explosion de la jeunesse dans le public. On a des plateaux avec des vieux qui discutent de la marche du monde et dans le public on a des jeunes. C’est-à-dire que l’énergie des jeunes qui applaudissent, qui rigolent, qui réagissent on en a besoin et on l’utilise. Cette course à la jouvence, ce pétrole que représente la jeunesse en termes de matière première de rires et de divertissements, c’est une jeunesse qui doit faire être spectaculaire au sens de Debord, c’est-à-dire qui doit faire partie du spectacle. Une jeunesse qu’on essaie d’avoir à coup de botox, de formules de jouvence et de chirurgie jusqu’à s’en défigurer.
Donc voilà, on a besoin de montrer qu’on est du côté de la jeunesse, qu’on est un jeune soi-même, on a besoin  de montrer qu’on est du côté de la jeunesse, capable de rire, de se relever et tout ça va bien avec un discours de l’entreprise. Un discours du rebond qui vend cette capacité de jouvence. Alors que l’entreprise, qui avec un management par le stress et un travail sans sens brise les individus, on nous vend cette capacité de jouvence qui dit “malgré ça tu dois, jeune cadre dynamique, trouver les ressources en toi-même pour renaître et rebondir”. Donc vous voyez bien comment ça sert un discours qui est dominant, celui de la course au profit à court terme et à la concurrence généralisée.


CaSeSaurait : Donc pour vous la néorésistance, ce processus qui est habituellement et naturellement  mise en place par les jeunes pour remettre en cause la société, est empêchée depuis les années 2000 par un capitalisme culminant pour qui tout est marchandise ?


Vincent Cespedes : Exactement. D’ailleurs c’est à cette époque, en 2002, que j’aborde pour la première fois ce thème de la néorésistance. Dans La cerise sur le béton sous-titré “violence urbaine et capitalisme sauvage” je montre comment le spectacle de jeunes contestataires est instrumentalisé pour qu’on ait notre quota à la télévision.


CaSeSaurait : Comment les jeunes eux-mêmes peuvent-ils se rendre compte de leur exclusion ? Comment eux qui n’ont pas connu d’autre jeunesse, d’autre époque, peuvent comparer et se dire qu’ils peuvent prendre une place plus importante que celle qui leur est donnée aujourd’hui ?


Vincent Cespedes : Je dirais qu’il y a plusieurs façons de s’en rendre compte.

La première c’est l’histoire mais pas l’histoire officielle, l’histoire “en contrebande”. J’aime beaucoup par exemple un historien comme Patrick Boucheron qui me semble être un historien très jeune dans sa tête et pro-jeunes et qui fait à la fois un travail savant, éminent (parce qu’il est dans l’institution) et à la fois il montre comment la contestation est le nerf de la guerre. Dans l’histoire il y a de périodes qui devraient intéresser les jeunes, notamment la période de Mai 68 qui montre comment par le clash, par la capacité de contester, de désobéir la jeunesse non seulement se fait écouter mais devient le centre de la vie politique. (NDLR : L’auteur développe cela plus longuement dans Mai 68 : la philosophie est dans la rue). Mais 68 c’est donc une explosion philosophique de masse, de contestation radicale et philosophique avant d’être politique.

” Dans l’histoire il y a de périodes qui devraient intéresser les jeunes, notamment la période de Mai 68 qui montre comment par le clash, par la capacité de contester, de désobéir la jeunesse non seulement se fait écouter mais devient le centre de la vie politique. “

Et aujourd’hui quand on demande aux jeunes s’ils sont prêts à un mouvement insurrectionnel de type Mai 68, les deux tiers disent oui. Donc Mai 68 n’est pas liquidé comme le voudrait Nicolas Sarkozy, au contraire il devient on ne peut plus jamais une référence obligatoire. Le fait qu’en 2018 on va fêter ses cinquante ans est symbolique pour moi et je crois à ce réveil de la jeunesse. Mai 68 montre que c’est possible une jeunesse qui conteste et qui est intelligente, c’est possible une jeunesse qui dit l’avenir, qui est visionnaire. C’est possible une jeunesse qui dit non à un système et qui dit “on va faire le tri maintenant et papa ferme ta gueule c’est à nous de jouer maintenant !”

La deuxième chose, ce qu’il faudrait faire pour que les jeunes se rendent compte de leurs capacités, c’est de voir en quoi ils sont jalousés. Et aujourd’hui comme l’on peut tous être en pleine forme à soixante ans ce ne sont plus les capacités physiques que l’on envie à la jeunesse. Non, la seule chose que l’on envie aux jeunes, la seule chose qu’ils ont et que l’on ne peut pas leur retirer c’est qu’ils sont capables de folie. Ils sont capables d’être dans la non-rentabilité, ce qui est une folie aujourd’hui à l’ère du capitalisme dégénéré. Ils sont capables d’imaginer un monde possible alors que tout le monde nous dit “y’a pas d’autres possibilités”. Ils sont capables de délirer le monde et comme ils ont la vie devant eux, qu’ils sont gorgés de jouvence, d’énergie, de capacité à faire face aux défaites et aux victoires, eh bien ça leur donne des ailes et ils sont capables d’être fous. C’est pour ça qu’on jalouse les jeunes.

” la seule chose que l’on envie aux jeunes, la seule chose qu’ils ont et que l’on ne peut pas leur retirer c’est qu’ils sont capables de folie. Ils sont capables d’être dans la non-rentabilité, ce qui est une folie aujourd’hui à l’ère du capitalisme dégénéré. Ils sont capables d’imaginer un monde possible alors que tout le monde nous dit “y’a pas d’autres possibilités””vincent cespedes

D’ailleurs si vous regardez un peu les émissions télé qu’on donne aux gens c’est toujours des émissions où la folie est centrale. Prenez par exemple Touche pas à mon poste, c’est une émission folle de schizophrène, avec une sorte de gourou qui traite tout le monde de chéri et qui fait des blagues débiles qu’a bien caricaturé Charlie récemment c’est vraiment ça. Comme Canal + dans les années 80/90, c’était un esprit jeune pour cela. On avait le droit de folie, de pornographie, on avait jamais vu ça. Ces années-là montrent bien que l’essentiel que l’on peut jalouser des jeunes c’est cette folie. La nouveauté des années 2000, donc pour les jeunes nées après 1986, c’est que cette folie elle passe par des technologies hyper modernes. Dans les années 90 on jalousait cette folie mais y’avait pas les technologies donc c’était coupé de la connaissance et de la raison. On avait une folie de l’ordre du divertissement, potache, très peu critique politiquement et enfermée dans un média alors qu’aujourd’hui la technologie leur permet d’exprimer cette folie au monde entier, directement. Je vais vous citer une phrase d’Oscar Wilde qui a guidé l’écriture d’Oser la jeunesse : “Pour retrouver sa jeunesse, il suffit de réitérer ses folies”. Donc voilà, le vrai bonheur (pas le bonheur entrepreneurial qui est en fait une soumission aux diktats du bonheur), le vrai bonheur nous rend un peu fou. Dès qu’on est heureux on chante, on se déleste des raisons instrumentalisantes, le devoir de rendement on n’en a rien à faire. Eh bien aujourd’hui la jeunesse est connectée au bonheur parce qu’elle est capable de folie et c’est ça qu’on envie aux jeunes. Et si les jeunes prennent conscience de ça, qu’ils sont enviés là-dessus, ils vont pouvoir construire du politique avec leur folie.

C’est ça le levier et mon combat. Ma grande mission, mes quinze livres ne parlent que de ça, c’est de diffuser le jugement critique auprès des jeunes, de diffuser auprès de publics qui ne lisent pas forcément, de faire prendre conscience aux jeunes que leur grain de folie peut se traduire en puissance politique de changement du monde. Quand les jeunes auront compris ça, avec les nouvelles technologies, on aura à mon avis affaire à une révolution d’un nouveau type.


CaSeSaurait : Malgré les preuves chiffrées, de nombreux “plus de trente ans” autour de moi me disent très régulièrement, quand je leur parle des difficultés réelles de ma génération, que je me fais des idées, que pour eux aussi c’était difficile. Pourquoi de nombreux plus de trente ans nient cette exclusion contemporaine de la jeunesse ? Ils ne veulent pas la voir, ça les arrange ?


Vincent Cespedes : Y’a de la complaisance, vous avez raison, ça les arrange. En fait y’a un truc qui est très français. Notre jeunesse, selon des rapports de l’OCDE est a plus pessimiste d’Europe. Quand on leur demande “Toi jeune, quelles sont les valeurs fondamentales que tu transmettrais à tes enfants ?”  les jeunes européens et américains disent tous “l’indépendance”. La jeunesse française, elle, dit “l’obéissance”. Avec une éducation nationale dégénérée (les fesses sur la chaise huit heures par jour c’est dégénéré) on leur présente un monde faux et on leur apprend que le but du jeu pour s’en sortir et avoir les grandes écoles c’est d’obéir. Obéir au système, obéir aux mathématiques qui ne veulent plus rien dire. Au nom du “on va t’ouvrir l’esprit“, d’obéir à des professeurs qui sont ennuyeux pour certains. Donc on apprend l’obéissance aux jeunes et on les récompense pour cette obéissance. Et ceux qui arrivent dans les grandes écoles sont ceux qui obéissent le mieux, ceux qui sont professeurs c’est ceux qui ont obéis le mieux, ceux qui vont engendrer le cerveau des prochains jeunes c’est ceux qui obéissent.

Et donc on a fait de l’obéissance au système quelque chose de bon, de valorisé et la télé-réalité joue là-dessus puisque c’est en obéissant à la voix que l’on remporte les épreuves. C’est pour ça que j’insiste sur Mai 68…


CaSeSaurait : … oui mais en Mai 68 les moins de trente ans ont pris les choses en main mais étaient un minimum soutenus par les plus âgés… croyez-vous que ce serait la même chose aujourd’hui ?


Vincent Cespedes : Non, non le soutien il existe. Les plus de trente ans et surtout les vieux : les grands-pères, les grands-mères ont envie que ça pète chez les jeunes. D’ailleurs les jeunes reconnaissent dans les études sociologiques que s’il y a bien quelqu’un qui les aide ce sont leurs parents et leurs grands-parents. La valeur famille n’a jamais été aussi forte aujourd’hui. C’est plutôt la société qui est hostile mais pas la famille. C’est ça la différence avec Mai 68 puisqu’à l’époque on contestait DANS la famille. Là, de nos jours, la famille c’est un acquis. La famille est là pour aider le jeune et la famille sait que ça va être dur pour les jeunes d’aujourd’hui.

Je pense qu’aujourd’hui, si les jeunes décidaient d’entrer en néorésistance, de critiquer cette société, ils seraient soutenus par les plus de trente ans s’ils les critiquent au niveau philosophique. Par contre s’ils critiquent l’organisation sociétale, s’ils critiquent les retraites, tel ou tel CPE, ça ça ne marchera pas. Il faut qu’ils attaquent au niveau de la super structure, au niveau des idées, au niveau des doctrines. Et ils comprennent ça puisqu’à la COOP 21 les jeunes se sont mobilisés pare qu’ils savaient que là ils pouvaient faire mal au niveau des idées politiques d’organisation sociétale et de consommation.

Il ne faut pas y aller trop frontalement. On sait que les mouvements de révolution philosophique de demain passerons par la clandestinité, passerons par la bande. Je crois donc que la néorésistance n’est pas simplement une contre-culture c’est aussi une façon nouvelle et hors-norme de diffuser. Elle va passer par de nouveaux supports. Faire vouloir passer des idées neuves dans des supports usés et pourris jusqu’à la moelle : bon courage ! C’est pour ça que je suis sûr que tout se fera demain et pour les jeunes par ces nouveaux supports, ces nouvelles technologies.

” je parle de révolution entrepreneuriale, parce qu’une fois que vous aurez trois enfants et que vous serez casés, quelle va être votre possibilité de résister au système : aucune. Donc il faut révolutionner, mettre en place des systèmes nouveaux  pour révolutionner la façon de produire du contenu et donc de voir le monde. Et dans ce processus je crois que la famille, et donc les générations plus anciennes, apportent leur soutien aux jeunes.”

Les jeunes pour la plupart aujourd’hui, s’ils ne veulent pas passer par le traditionnel boulot-salaire (avec forcément soumission à la clef) doivent devenir entrepreneurs. Créer des structures autonomes, fédérer des idées. Je crois que 50 % des jeunes aujourd’hui devraient créer des structures et devenir entrepreneurs. Non pas dans une visée capitaliste mais dans une visée de s’assurer eux-mêmes leur propre revenu pour pouvoir vivre sans lésiner sur la critique. Je pense d’ailleurs qu’il y a là une révolution entrepreneuriale des jeunes qui est immense. Là où ça va péter c’est dans le monde de l’entreprise, dans le monde des jeunes avec des nouvelles façons de travailler loin du management de grand-papa, comme peut le faire la marque de biscuits Michel Et Augustin.

A un moment les BlablaCar, les crowfundings montrent qu’il y a quelque chose et il faut franchir le pas, aller dans des cercles patronaux comme le CJD qui sont ouverts à ça. Donc ce n’est pas par l’entreprise classique que les choses vont bouger autrement. C’est pour ça que je parle de révolution entrepreneuriale, parce qu’une fois que vous aurez trois enfants et que vous serez casés, quelle va être votre possibilité de résister au système : aucune. Donc il faut révolutionner, mettre en place des systèmes nouveaux pour révolutionner la façon de produire du contenu et donc de voir le monde. Et dans ce processus je crois que la famille, et donc les générations plus anciennes, apportent leur soutien aux jeunes.

jeunesse vincent cespedes


CaSeSaurait : Vous ajoutez, page 63, que l’on reproche aux jeunes de ne pas “jouer le jeu” et que pour cela ils doivent être “punis, recadrés, surveillés“, qu'”on doit les convaincre de ravaler eux-mêmes leur impétuosité et leur fraîcheur […] puis de mettre leur jouvence au service de vieux en manque de joie, de rire, d’imagination, d’amour […] en manque de vie tout court. “Donne ton énergie débordante à ceux qui n’en ont plus!” ordonne-t-on à chaque jeune”.
Plus loin vous ajoutez : “Au mieux la société actuelle propose comme idéal non plus d’inventer, mais de réparer le monde, de corriger les erreurs de la politique et de la société. Par exemple à travers l’écologie.

Alors est-ce que le système actuel écrase et écraserait n’importe qui, est-ce que notre jeunesse est plus formatée qu’avant ? Vous qui avez vécu une jeunesse d’une autre époque, nous trouvez-vous finalement “soumis” ?


Vincent Cespedes : Non je crois que vous êtes beaucoup moins formatés que nous. Nous on a été totalement formaté par la télévision alors que vous Internet vous rend beaucoup plus actif et responsable du contenu. Donc non. La pire des jeunesses c’est ma génération, celle des 36/44 ans d’aujourd’hui. Ceux-là ont bouffé de la télé, de la pensée unique, du cynisme. Moi je crois qu’avec cette génération il y a une renaissance de la jeunesse comme on l’aime. C’est-à-dire, comme Joseph Konrad disait dans son livre à lire absolument, Jeunesse, « Ah ! L’enchantement de la jeunesse ! Ah ! Le feu de la jeunesse, plus éblouissant que les flammes du navire embrasé, et qui jette une lueur magique sur la terre immense et bondit avec audace jusqu’au ciel, et que le temps, plus cruel, plus impitoyable, plus âpre que la mer, aura tôt fait d’éteindre — semblable aux flammes du navire incendié cerné par une nuit impénétrable. », ça veut dire que c’est une flambée qu’il faut saisir et ce n’est pas à trente-cinq, quarante ans qu’on se réveille.

Il faut que la jeunesse soit plus ambitieuse mais une ambition généreuse, pas ego centrée. Et je pense que la jeunesse là a une carte à jouer énorme sur ce que j’appelle “l’ambition expressive” et pas l’ambition démonstrative. L’ambition de s’exprimer, de dire au monde ce qu’elle a à dire. Or la jeunesse est tellement endoctrinée qu’elle est réfractaire quand on lui dit ça. Elle joue les victimes. Parce qu’on apprend aux jeunes à geindre, à jouer les victimes ! Et les rappeurs jouent les victimes ! Et les contestataires jouent les victimes ! On n’est plus dans le rock. Il faut que la jeunesse retrouve l’insolence constructive du rock. Il faut que la jeunesse puisse s’insurger et fédérer l’insurrection et pour ça il faut que le navire flambe et ne soit pas éteint.

“Il faut que la jeunesse soit plus ambitieuse mais une ambition généreuse, pas ego centrée. Et je pense que la jeunesse là a une carte à jouer énorme : l’ambition de s’exprimer, de dire au monde ce qu’elle a à dire. Or la jeunesse est tellement endoctrinée qu’elle est réfractaire quand on lui dit ça. Elle joue les victimes.”

Donc il y a un rôle à jouer dans l’insurrection philosophique de ce système et la jeunesse elle sera aidée par les aînés c’est sûr. Si elle tape le système au niveau philosophique avec humour, avec outrance s’il le faut, mais avec intelligence, a société entière va la suivre parce qu’on est dans la crise et que tout le monde n’en peut plus. Et cette bouffée d’air c’est la jeunesse qui va nous la donner.


CaSeSaurait : En tournant page après page j’ai été frappée à la lecture d’Oser la jeunesse de votre franc-parler. Vous y allez et pas qu’un peu, presque plus que les jeunes eux-mêmes, d’où mon étonnement et mon ravissement. Quand j’ai lu page 55 “Prête attention aux aînés qui s’adressent à toi. La plupart se montrent-ils ouverts au dialogue, intéressés par ton point de vue et prenant le temps de te découvrir ? Non : ils t’écoutent pour te juger et te jugent pour te recadrer. [Ça] les rassure. Parce qu’ils te contrôlent et par conséquent contrôlent tout ce qui pourrait nuire à leur confort intellectuel et émotionnel” j’ai intérieurement crié ALLELUIA, enfin un “plus vieux” qui se rend compte de cette invisible et indicible pression que ressentent beaucoup de jeunes mais qui est tellement insidieuse que nous n’arrivons pas à la nommer.

Quels retours vous font ceux, jeunes et moins jeunes, qui ont lu Oser la jeunesse ?


Vincent Cespedes : J’ai justement écrit ce livre pour scandaliser les plus vieux et que les plus jeunes se disent “mais non il a raison”. Le nerf du livre c’est que les vieux disent “c’est pas possible!” et que les jeunes disent “c’est trop ça !”

Comme Najat Vallaud-Belkacem (NDLR : la ministre de l’Education et de la jeunesse) qui a lu le livre, m’a contacté et avec qui on a déjeuné. Elle a partagé le constat du livre, m’a dit vous avez raison, ” j’ai beaucoup de mal à faire bouger les choses de mon côté parce que mes plus âgés ne veulent pas la passion” donc les adultes intelligents se retrouvent dans le livre et m’invitent dans leurs colloques. Après y’en a pleins, et ça ce sont les anti jeunes, alors eux ils se scandalisent. C’est assez rigolo et c’est le but du pamphlet d’avoir des ennemis. Donc j’ai de gros ennemis qui se scandalisent en disant ” mais c’est outré, c’est pas possible, etc.” mais les jeunes sont de mon côté. Ce livre c’est vraiment un relais que je donne pour que les jeunes prennent la parole, mon but c’est pas moi de prendre la parole, de toute façon je traite de ce sujet depuis quinze livres. Mais j’ai conçu ce livre pour que l’on ait envie d’aller vers les jeunes. Et je me réjouis d’émission comme T’as tout compris sur France 4, que je soutiens, qui donne la parole à des jeunes de douze ans qui font un journal télé, mais vraiment, que l’on prend au sérieux et tout d’un coup ça devient magique. Et les vieux ils sont là juste pour aider les jeunes à bien comprendre. Ils ne sont pas là pour leur donner des leçons. En voyant ça on se dit wahou, ils sont super intelligents à douze ans mais pourquoi on ne les voit pas plus partout, pourquoi on ne leur demande pas plus leur avis ?


Merci encore pour ce livre qui je l’espère sera surtout lu par des plus de trente ans. Merci Vincent pour cet échange qui m’a personnellement mis du baume au cœur et longue vie à Oser la jeunesse !

Lire Oser la jeunesse :Oser la jeunesse vincent cespedes

 

Journaliste indépendante et animatrice à Radio France, je vous informe sans concession !

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Commentaires (31)

  1. […] Citations tirées du très bon article sur le site ça se saurait.fr. […]

  2. Cet article est intéressant et je suis assez d’accord avec ce qui est dit. J’ajouterai que depuis qu’on est petit, on entend en permanence qu’on est trop gâté, que les choses sont trop faciles pour nous (ex: le BAC). Depuis quelque temps, j’entends souvent dire “je sais mieux que toi car j’ai de l’expérience”. Ça fait du bien de lire quelque chose qui déconstruit ces idées là.
    Mais une chose m’a fait tiquer: “il faut que les jeunes entreprennent”. Certes, ça va peut-être apporter des nouveauté, mais je ne pense pas que ça nous apporte de l’indépendance. C’est un investissement personnel très important, travailler sans compter, avec dans de nombreux cas, des revenus qui ne sont pas du tout à la hauteur. Quand j’entend dire que c’est l’avenir, que les jeunes devraient entreprendre, j’ai l’impression qu’on nous dit: “il faut accepter de travailler beaucoup, de gagner peu et d’être dans une certaine précarité”(si ce n’est pas de la soumission ça). Car en effet, c’est une situation précaire, les revenus ne sont pas assurés tous les mois, ce qui entre autre, rend extrêmement difficile l’obtention d’un logement.
    Oui la famille est là pour nous aider, mais il peut arriver que dans cette famille certaines personnes soient de celles qui écrasent la jeunesse, l’infantilisent et qui pensent que l’expérience leur donne raison, auquel cas, l’aide est uniquement financière, et la situation très pesante.

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    Chline - 18 février 2016
    1. Je suis d’accord, l’envie ou la nécessité de sécurité pour certains est tout à fait légitime. Entreprendre n’est ni mieux ni moins bien qu’un emploi « classique ». Il y a une place et un besoin pour toutes les solution, y compris mixtes.
      Mais de ces emplois, il n’y en a structurellement pas assez pour tout le monde, mathématiquement, c’est certain et pas un mal d’ailleurs, sauf que cela oblige à trouver d’autres issues pour ceux dont le profil ne colle pas à la demande, ou qui ont tout simplement eu moins de chance.
      Personnellement je miserais sur le revenu de base inconditionnel et suffisant (il viendra en son temps accompagner une nouvelle vision sociale), mais d’ores et déjà, pour ceux qui sont d’une nature aventurière ou seulement confiante, je crois qu’il ne faut pas les effrayer outre mesure avec de faux épouvantails et mésestimer la solution de créer son job de toutes pièces.
      On peut être indépendant sans se tuer à la tâche, riche peut-être pas, mais libre et heureux y’a moyen.
      Combien j’en ai croisé, et en croise encore, attendant désespérément dans la file indienne des demandeurs d’emploi un miracle extérieur (possible néanmoins) alors qu’ils avaient de l’or dans les mains ou dans la tête. Et pas seulement chez les jeunes !
      Il faut bien comprendre que le plein emploi n’est pas possible car la pénurie de postes entretient savamment la pression sur les salaires bas, l’obéissance et la hantise d’une retraite incomplète (qui n’est même pas sûre d’exister encore sous cette forme et tant mieux une fois de plus).
      Beaucoup trouveront chaussure à leur pied avec un CDI et un salaire confortable, et je m’en réjouis, mais pour les exclus chroniques, des solutions sont à imaginer peut-être, s’ils le souhaitent, et quel que soit leur âge

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      Fabien - 19 février 2016
    2. Ta vision de entrepreneuriat est des plus juste et des plus lucide, surtout que l’entrepreneur n’est rien sans ses salariés.

      La vision de devenir son propre patron pour échapper à la “crise” ressemble plus à un doux rêve qu’à la dure réalité.

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      Eric - 19 février 2016
      1. D’accord, d’accord, je m’incline.
        Créer son activité indépendante est parfois complexe et souvent risquée.
        Le proverbe oublie de préciser qu’il peut y avoir un délai entre l’audace et le sourire de la chance.
        Mais p…, quelle aventure, quel bonheur !

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        Fabien - 20 février 2016
  3. Sommes nous en train de tuer les moins de trente ans (et les plus de trente ans aussi 😉 ) ou sont-ils en train de se suicider?
    Quand je vois que depuis quelques années maintenant même les plus diplômés paient pour faire des stages (normalement on est payé pour travailler et non l’inverse, c’est vraiment un mauvais début dans la vie active) je me pose vraiment la question.

    L’interview est très intéressant même si assez utopiste sur la future “révolution” des plus jeunes, la plupart ne se rendra compte que bien trop tard dans quoi ils ont mis les pieds et seront bien trop frileux et usés pour y renoncer.

    Quant à entrepreneuriat comme bouée de sauvetage il faut tout de même se rendre compte que l’on reste exactement dans le même système et qu’en général ce n’est pas plus facile de créer son emploi plutôt que d’en trouver (c’est même plus compliqué en fait). De ce fait cela s’adresse à beaucoup moins de personnes.
    Néanmoins ceux qui prendront le risque de l’entrepreneuriat seront surement plus apte à risquer un certain confort/stabilité financier(e).

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    Eric - 17 février 2016
    1. Heureusement qu’il y a des gens comme toi Eric avec les pieds sur terre et un regard objectif sur l’implacable réalité des choses, et d’autres, plus rêveurs, espiègles, limite internement.
      Je pense qu’un intelligent mix de ces deux qualités peut créer la surprise et l’espoir. J’en vois des exemples et je me régale, j’en vois des plus éloignés qui me font de la peine.
      En tout cas, si je regarde les 3 derniers siècles d’apogée de la rationalité et du sérieux, je trouve le bilan largement perfectible. Avis aux utopistes… (je consulte le jeudi).
      Je pense aussi qu’il ne faut pas voir l’entrepreneuriat comme une bouée, seulement par défaut, mais comme une vraie alternative (la seule ?) pas si dangereuse qu’on l’a présenté à ma génération pour mieux nous coincer dans les griffes du salariat, parfois géniale opportunité, parfois prison dorée pour système en manque d’esclaves.
      Il est très simple de fabriquer son emploi avec ses savoir-faire, ou d’en acquérir, mais pour cela il faut se connaître, avoir confiance, oser, dédramatiser, être prêt à bifurquer, bref accepter le jeu, l’imprévu et l’incertain, et sauter à l’eau. Testé pour vous dans la version « je me casse la gueule » et dans la version « j’m’en fous, j’essaie encore, tiens c’est mieux comme ça ».
      A bientôt Eric pour passer au shaker le sérieux de ton analyse et la légèreté de mon approche (bien que je sache que tu as les deux et que tu essaies d’être le plus utile, lucidement, comme moi).
      J’en profite pour partager un discours que j’ai trouvé enthousiasmant et qui se rapproche du sujet :
      https://www.youtube.com/watch?v=4sZdcB6bjI8

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      Fabien - 17 février 2016
      1. Je te remercie et te retourne le compliment Fabien, ton approche est peut-être légère mais ton analyse est toujours juste.

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        Eric - 19 février 2016
  4. Merci pour ce bel article. J’ai 31 ans, j’ai travaillé 10 ans dans la banque, j’en suis ressortie broyée… Il a fallut un burn out pour que je retrouve le sens de ma vie. Malheureusement a l’école on ne nous aident pas à affronter l’avenir, la dureté de la vie active qui nous attends : salaire trop bas, chefs pour qui management veut dire hurler des ordres sur les gens et les monter les uns contre les autres, harcèlement moral dans les entreprises, mise en compétition, nous faire miroiter des promotions a condition de la fermer bien sûr! Pendant plusieurs années j’ai cherché des solutions pour une reconversion mais ça n’a jamais abouti : diplômée, jeune et en CDI : qu elle reste où elle est! Tu as du travail c’est déjà bien aujourd’hui, faut pas se plaindre, qu’est-ce que j’ai pu l’entendre celle la!!!! Ne pas se plaindre, de faire un travail inintéressant et répétitif pour un salaire qui me permettait même pas de me payer à manger pour tout le mois sans l’aide de mes parents?! J’ai toujours eu besoin de comprendre ce que je faisais et dans quel but. Dans mon travail, on me demandait de pas poser de questions et de suivre les consignes même si elles étaient aberrantes. Et surtout d’arrêter de me plaindre de nos conditions de travail : open Space bruyant, matériel informatique dépassé et lent qui génère du stress. Nous n’avions pas le droit de discuter entre collègues, toujours le casque vissé sur les oreilles. Quelle belle vie! Finalement le burn out m’a sauvée d’une vie de robot sans réflexion. Aujourd’hui je me lance dans la création d’entreprise dans un tout autre domaine et en famille (une valeur sûre de nos jours, primordiale même je dirai). Je ne sais pas combien je gagnerai demain pour vivre, mais je me sentirai plus libre, je ne demande pas à être riche, juste ne plus être un robot qui se fait exploiter. Je ne sais pas si ce que je viens d’écrire intéressera quelqu’un mais cet article m’a fait penser à ce que j’ai traversé en entreprise ces dernières années et je ne dois pas être la seule malheureusement.

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    Rachel - 16 février 2016
    1. Wahou si moi ça m’intéresse Rachel tu peut en être sûre !
      Quel parcours ! C’est génial de réaliser ses rêves (et finalement on se rend compte qu’on retombe toujours sur ses pattes, même quitte à faire quelques légers compromis ^^) mais oui il faut souvent des gros coups durs (maladie, accident de vie,dépression ou burn out) pour que ça fasse tilt et passer du rêve au concret. Et justement des messages comme le tien permettent de voir que c’est possible, surtout d’un extrême à l’autre.
      Je vais en parler justement pas mal dans mon livre à paraître Métro, Boulot, Bonheur et j’espère que tout cela en inspirera beaucoup (même si je sais par expérience qu’il faut en arriver à un extrême et souffrir souvent pour comprendre, comme un enfant qui tant qu’il ne s’est pas brûlé va s’approcher du feu, parce qu’il ne “sait” pas profondément finalement..)

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      Ca Se Saurait - 16 février 2016
  5. Honnêtement, je pense que ceux qui souffrent ne doivent pas en attendre la reconnaissance de la part de ceux qui sont « installés », en tout cas pas à courte échéance. J’en serais le premier ravi et surpris, mais c’est un pari osé, car la tolérance et l’indifférence collective pour la souffrance d’autrui est pour le moment bien en place !
    Par contre, accepter et transcender cette situation temporaire même avec ce qu’elle a d’injuste, me semble plus constructif, car seuls les changements individuels volontaristes feront demain pencher une balance que les précédents n’ont pas su ou voulu équilibrer. Cela peut être usant, c’est vrai, mais ne doit pas décourager. Il y a un défi de solidarité là-dedans, mais existe-t-elle fondamentalement ou seulement dans les mots ?
    Je rejoins l’idée de Vincent à propos d’un nouvel esprit d’entreprenariat, qui existe, se développe, mais encore parfois coincé dans des codes usés et des rêves de paillettes.
    C’est une clé importante je crois, de prendre conscience qu’il va falloir de plus en plus « bricoler » pour se construire sa vie, son job, et ses rêves sans les attendre prêts à emballer comme les générations précédentes, avec peut-être une tronche un peu bizarre, hétéroclite, changeante et incertaine. Et là je parle en expert !
    Le mérite et la satisfaction n’en seront que plus grands, et la liberté conquise, je n’en parle même pas !
    Développer ses aptitudes, ne jamais se trouver aussi désarmé que ne le fait le moule de l’éducation nationale, savoir tout souffrir pour tout oser, ne rechercher que la passion en toute chose pour ne pas s’éteindre, abandonner l’idée absurde et contre nature de stabilité. Aucun être ayant laissé des actes ou des messages forts sur cette planète n’a eu un parcours « tranquille », et les aspérités de son existence ont ciselé sa singularité, sa richesse et son legs.
    Chaque personne qui relève les manches, accepte et compose avec (composer n’est-il pas l’apanage de tout artiste ?) est un petit poids en plomb posé sur le plateau de la balance, et cela c’est bel et bien en mouvement et, nourri à l’espoir, peut tout débloquer.
    Il faut une dose de réalisme et une d’audace. L’une doit servir aux grandes orientations de sa vie, l’autre au règlement des détails. J’ai l’impression qu’on se trompe de dose ! Et qu’en la matière, une fois de plus, l’enjeu est l’éducation, mais là, je cède la parole à un gars extra qui martelait cela au siècle dernier :
    « Ne pas imiter, mais découvrir, c’est cela, l’éducation. Mais vous n’êtes pas encouragés dans ce sens ; nul ne vous invite à remettre les choses en question, car vous mettriez en danger tous ces faux-semblants. Vos parents et la société veulent vous voir vivre dans la sécurité, et vous de même. Vivre sans risque signifie en général vivre en imitant, et donc en ayant peur. (…) L’éducation ne devrait-elle pas vous aider à découvrir ce que vous aimez réellement faire, de sorte que du début à la fin de votre existence vous travailliez dans un domaine que vous estimez digne d’intérêt et qui ait une valeur profonde à vos yeux. Si l’école ne contribue pas à nous révéler, ce n’est pas du tout une école. (…) L’action d’être est complètement différente de l’action de devenir. La démarche d’être est tellement révolutionnaire que la société la rejette et se préoccupe exclusivement de l’action de devenir, qui est respectable car elle coïncide avec les schémas en place. (…) Lorsque des millions de personnes prennent part depuis des siècles au développement d’une civilisation ou d’une culture données, ils ont mis en marche un mouvement dans lequel se trouvent individuellement happés et entraînés des êtres humains, de gré ou de force. Mais si vous refusez, si vous insistez pour faire ce que vous sentez être votre vrai choix, ce que vous aimez vraiment, alors vous avez échappé au courant, vous avez rompu avec le destin. Est-il possible de transpercer immédiatement ce lourd conditionnement des siècles, sans entrer dans un nouveau conditionnement, d’être libre de sorte que l’esprit tout entier soit neuf, sensitif, vivant, conscient ? Voilà notre problème, aucun autre n’existe car un esprit libre peut les résoudre tous. Voilà la seule question que nous ayons à nous poser, mais nous ne la posons pas. Nous voulons que notre façon de penser soit confirmée et corroborée par autrui, tandis que poser une question, c’est se la poser à son propre sujet. » (Krishnamurti).

    P.S : T’as vu comment il a vampirisé ton blog ce Krishnamurti !! Non mais. Moi j’aurais pas osé.

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    Fabien - 14 février 2016
    1. Haha mais il peut pour dire de choses aussi intelligentes ! Merci Fabien, tu sais trouver les mots qui apaisent 🙂

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      Ca Se Saurait - 14 février 2016
    2. Je suis également enchantée de lire le commentaire de Fabien. Je partage son point de vue et j’aime aussi beaucoup Krishnamurti. Cependant je me dis qu’on ne doit pas attendre la moindre reconnaissance de qui que ce soit, non pas parce que ce n’est pas gagné, mais surtout parce que ça ne nous ferait progresser en rien. Il vaut mieux faire ce qu’on a à faire, au moment où cela nous semble juste, inventer notre vie avec réalisme et folie, la reconnaissance viendra peut-être de nous même lorsqu’on ne regardera pas les nouveaux “jeunes” avec jalousie.

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      Céline - 14 février 2016
      1. Tout à fait d’accord, Céline, la reconnaissance n’est pas une fin, juste un bonus très plaisant qui vient nous ravir par surprise, la cerise sur le gâteau lorsqu’on a été un honnête pâtissier.
        Je crois que Krishnamurti résume à lui seul l’esprit de cet article. D’une part, il respectait très profondément la jeunesse (qui le lui rendait bien), et d’autre part (ce qui est moins connu) il a refusé la voie royale et confortable qu’on avait tracée pour lui, juste pour conserver sa liberté de penser et d’agir.
        Allez, laissons conclure encore une fois le plus doux des révolutionnaires :
        « Si vous ne comprenez pas ce que vous êtes, cela n’a aucun sens d’essayer de devenir ce que vous croyez devoir être ».

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        Fabien - 15 février 2016
  6. De nouveau un article très intéressant !
    J’ai l’impression, mais peut-être que je me trompe tout à fait, que la grande souffrance des jeunes de notre génération est la non-reconnaissance d’une possible souffrance.

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    Céline - 14 février 2016
    1. Personnellement je réponds oui ! Pour avancer il faut se rendre compte des choses or les jeunes ont peut-être compris que la négation de leur souffrances et de la réalité de leur situation empêchait du coup tout changement…

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      Ca Se Saurait - 14 février 2016
  7. Très intéressant ! Merci de nous faire découvrir cet auteur, Sabrina.
    Le constat est admirablement dressé et indéniable.
    Toutes les jeunesses ont été sacrifiées depuis des siècles. Notre constat il y a 25 ans était le même, et il y a soixante ans mon père commençait à détruire sa santé encore ado au fond d’une mine, sans compter les 2 générations précédentes qui avaient été gentiment invitées à des guerres mondiales.
    La grande différence c’est que nous étions facilement « illusionnables » alors que vous êtes la première génération jeune à vous en rendre compte « pendant » et non « après », ce qui fait très mal mais laisse peut-être une chance d’enlever la tête du billot pendant qu’il est encore temps. Et c’est bien pour cela que la dose anesthésiante a été forcée dans votre cas, assortie d’un lancinant climat de peur. La connaissance est à double tranchant, elle motive ou paralyse.
    Je salue ce travail d’alerte, j’espère que mai 2018 (ou avant) aura lieu pacifiquement et intelligemment, la minorité qui aura le courage d’initier quelque chose de beau et de juste recevra le soutien de tous ceux qui n’ont pas osé et qui n’attendent que cela.
    Mais la violence sera stérile, elle est prévue et sera récupérée comme en 1968, seul l’esprit prendra le dessus sur le cynisme et portera un espoir durable.
    Par ailleurs, résister a un coût non négligeable qu’il faudra assumer avant le renouveau, en terme de sécurité et de confort. La génération qui sera prête à l’endurer pourra tout.
    Crois-tu que les jeunes de ta génération soient « mobilisables » pour ce type d’aventure ou bien la majorité préfère t-elle encore le moindre mal ? J’observe autour de moi, je vois les 2 cas de figure, je m’interroge. Je n’ai pas de doute sur le fait que cela viendra, mais de quelle génération ?

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    Fabien - 13 février 2016
    1. Mhhh… justement je crois que c’est plus dur pour les générations depuis 30 ans parce qu le capitalisme en est arrivé à un point culminant, la finance ultra domine tout et nous on arrive là-dedans. Les chiffres le montre les jeunes n’ont jamais été aussi précaires et aussi longtemps précaires sous d’aussi multiples formes donc on ne peut pas le nier (tu ne peux faire partie de ces “vieux” là qui nient notre précarité Fabien pas toiii!!! mdr)
      Concernant les solutions non violentes, un livre et une interview arrivent bientôt sur le sujet 🙂
      Et sincèrement pour être proche de la sortie du statut de jeune (bientôt 28 ans), je crois que ma génération aura été sacrifiée et que si elle réagit ce sera pour le bien-être des prochains…

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      Ca Se Saurait - 13 février 2016
      1. Je ne peux ni ne veux nier votre précarité, je me demande juste si elle est effectivement « pire ». Et encore cela on s’en fout un peu je pense. Je vais plus loin et je me demande, sans aucune provocation de ma part, si ce n’est pas une chance, au sens d’opportunité, si jamais elle croît, en tout cas qu’elle soit suffisamment palpable pour aiguillonner les moins endormis.
        Si je peux me permettre ce discours, c’est que la précarité je la connais bien et depuis longtemps, sans pour autant pouvoir affirmer que je la déteste tant que ça finalement ! Il se pourrait même que je la choisisse régulièrement.
        Sur mes 25 premières années de vie active, j’ai été « non précaire » seulement 6 ans, et encore non précaire ne signifiant pas vie aisée, mais seulement en CDI, la dernière fois dans la fonction publique en plus, l’anti-précarité absolue normalement.
        Et pourtant, 5 démissions plus tard, je peux témoigner que les concessions que sont obligées de faire ma génération pour ce ridicule socle de pseudo sécurité laissent un goût amer inavoué la plupart du temps, et des futurs retours de conscience douloureux. D’où la solution de facilité de masquer sa lâcheté derrière des comparaisons hasardeuses, ce que j’ai fait inconsciemment dans mon premier message quand je dis qu’on faisait le même bilan et que pourtant on y a cru, mais c’était pas pareil…
        Aujourd’hui, je jouis d’une précarité que bien des « jeunes » n’imaginent pas encore concevable à 45 ans, et pourtant j’emploie le mot « jouir » à dessein. Il faut avoir accepté certaines choses pour propager l’optimisme à tout-va lorsqu’on sait que le jeu est faussé et qu’on finira avec le minimum vieillesse dans tous les cas. Mais je n’en veux pas au jeu, j’ai contribué à le construire, au minimum à le cautionner tacitement.
        Désespoir ? Bien au contraire ! On me tance gentiment chaque jour sur l’avalanche de projets et de positivisme qui émane de mon cerveau, sur cette lubie de faire ce qui plaît plutôt que ce qui marche, sur cette folie, cette foi qui ne remplit pas complètement le frigo mais empêche mes cellules de vieillir. Peut-être que je m’égare, mais la seule certitude c’est que le sourire est là, tandis que les 6 années de non précarité ressemblait plus à un long coma piloté par l’ego.
        Pendant plusieurs années, j’ai accompagné des personnes fragiles extrêmement précarisées. Elles m’ont instruit bien au-delà de mes ronflants diplômes. Aujourd’hui, j’observe mon fils de 15 ans, ceux de ma compagne (18 et 20 ans), et je vois en même temps leurs possibilités et les dangers qui les guettent. La balle est réellement dans leur camp.
        Je crois finalement que cette précarité est un carburant. Dès que je me sécurise, je m’endors et je n’ose plus. Tandis qu’aujourd’hui, dans mon utopisme le plus béat, je me lance dans des activités nouvelles, je crois à l’évolution éthique de ce même système qu’on fustige, j’écris aux députés et au président (même au pape récemment !). Si c’est une folie, elle est douce, et j’opte toujours pour la douceur.
        Ma plus grande crainte : que sous des prétextes ou des peurs diverses, la jeunesse (mais pas que) renonce à son droit à la différence et à l’interpellation pacifique, au refus, à la résistance lucide, et qu’elle n’assume pas son choix si elle abandonne. Mais je suis confiant, je vois tout ce qui germe et j’adore ça, mais ça reste fragile et demande persévérance, intelligence situationnelle et sobriété, à découvrir ou à apprendre.
        Alors, au risque de déplaire, et dans mon entourage en premier lieu, vive la précarité au sens étymologique : précaire = obtenu par la prière, donc jamais assuré et définitif, soumis à notre constante foi et implication.
        Merci une fois de plus d’offrir ce lieu de partage où tu poses les bonnes questions, et induit le débat respectueux, et aussi quelques incorrigibles bavards !… qui ne peuvent s’empêcher de finir sur une citation de Montaigne :
        « Nous ne sentons aucune secousse quand la jeunesse meurt en nous ».

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        Fabien - 14 février 2016
        1. Et merci à toi pour cette réflexion intelligente qui me parle 🙂
          Je ne sais pas, je ne sais rien, je n’ai pas la prétention de répondre à ce que tu dis mais ça m’intéresse (comme j’en parlais dans Des inattendues vertus de la crise où j’explique que a crise m’a étrangement poussé dans un extrême et que quitte à être précaire, je préfère encore l’être pour faire ce qui me plaît) mais en revanche il n’est pas souhaitable que des dizaines d’autres générations derrière doivent subir cette précarité, c’est aussi très usant il faut le dire, cela en brise beaucoup pour quelques uns positifs qui restent debout… voilà un paramètre à prendre en compte.

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          Ca Se Saurait - 14 février 2016
    2. Ma grand-mère m’a toujours dit que sa génération avec la guerre (elle avait 16 ans et venait de perdre son père… bref sympa quoi) avait eu de terribles épreuves à surmonter, mais au moins la guerre était là, physique, palpable. La vie était dure, ils avaient faim, ils avaient mal mais ils savaient pourquoi. Aujourd’hui c’est sournois, c’est une guerre psychologique, économique, compétition à outrance, sélections terribles dans les prépas les entreprises etc. Donc elle me dit qu’elle n’aurait jamais pu tenir face à ce “stress” (phénomène nouveau). Et que donc on ne peut pas juger, chaque génération ses malheurs.
      La révolte se fait déjà. Autrement. Regardez le nombre de jeunes qui deviennent vegan, se mettent à “l’équitable” etc… On fait tous plus ou moins une phase de cheminement vers notre “soi”, notre orientation sexuelle tout ça, on se questionne, on se cherche. On paraît moins stables mais ça fait beaucoup de données à gérer, que ceux d’avant n’avaient pas. Tout le monde se moque des hipsters mais au final ils sont quand même révélateurs d’un certain esprit d’opposition au système. De même que l’abstention qui est une forme de refus de s’identifier à un système qui ne fait rien pour nous et ne nous représente plus. Donc oui je le crois.

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      Oxford - 13 février 2016
      1. Bonjour Oxford, juste pour dire que je suis tout à fait d’accord avec ton dernier commentaire qui est l’exact reflet de ce que je pense.
        Je remercie aussi Sabrina de nous avoir proposé cet article fort intéressant qui a ouvert un débat qui l’est tout autant 😉

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        Marine - 14 février 2016
  8. Ah et puis on en a MARRE des comparatifs avec mai 68, genre ça c’est la vraie jeunesse, celle qui se rebelle etc… “Vous êtes tellement moins bien que dans les 70s”… Sérieux justement yen a marre des vieux 68ards qui s’érigent en modèles de vertu, exemples des vraies valeurs “modernes”/ “progressistes”. Ce sont eux les vieux sénateurs d’aujourd’hui qui nous regardent de haut, qui ne veulent rien réformer histoire de garder leur petit confort de baby boomers. Donc non seulement ils nous imposent des valeurs et des idées qu’on n’a pas choisi, qu’on sait périmées et responsables de la crise que l’on traverse aujourd’hui en France, mais en plus on ose les ériger en exemple à suivre. On en veut plus de ceux-là. C’est pour ça qu’il y a autant de jeunes qui se tournent vers le FN. Les vieux gauchos contre le mariage pour tous (merci Jospin), les vieilles féministes qui refusent de considérer les transsexuels et les féministes de “couleur”/ de culture musulmane, et qui oublient que, bien que femmes, elles jouissent de privilèges de blanches. Et les vieux écolos qui refusent de travailler constructivement, toujours dans l’anarchiste de base antisystème… Bref j’arrête là, la liste est trop longue, et la liste de solutions en cours de création par nous aussi.

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    Oxford - 13 février 2016
    1. Ce n’est pas ce qu’il dit (pour en avoir discuté en détail avec lui je précise), il dit que cette impertinence, cette flamme d’insoumission devrait un peu plus briller en nous pour que l’on refuse de se faire broyer par le système, il ne compare pas. Et justement Cespedes ne fait pas partie de ces vieux ou vieux sénateurs qui nous bloquent, refusent de nous voir ou de nous considérer, la preuve avec cette interview et tout le travail qu’il fournit par ailleurs auprès des jeunes et très concrètement. Enfin c’est mon avis.
      Après justement il dit que nous sommes en train de construire nos solutions de repenser le système à travers pleins de choses mais il regrette juste que nous ne soyons pas plus fédérés et insoumis (et je trouve qu’il a raison, concrètement on fait face à un système qui n’a jamais autant “broyé du jeune” donc forcément on lutte plus difficilement et donc ce ivre est là pour nous dire : croyez-y les gars, de toute façon l’avenir c’st vous ! Tu comprends mieux ? (lis-le sinon, tu verra ce que je veux dire^^)

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      Ca Se Saurait - 13 février 2016
  9. La jeunesse s’exprime mais sur les réseaux sociaux, dans des groupes Facebook féministes, écologiques, anti consuméristes ou encore extrême droite/ néo- machiste… La scène s’est déplacée de la télé vers le net, mais vous en faites pas, elle est bien là et elle bouge. Elle ne publie pas de livres, mais elle écrit des articles par centaines et des blogs, des tweets partagés des milliers de fois. Les élites ne veulent pas le voir, car elles ne sont pas connectées, c’est tout. Notre génération souvent apolitique a inventé et pratique ardemment le “réseau de partage”, le couch surfing, le covoiturage, les groupes de revente, les pétitions en ligne etc… Une génération qui accède gratuitement aux supports culturels, et qui croit que tout doit en être ainsi. Donc une forme d’anti capitalisme… ça me saoûle un peu de voir une énième analyse pessimiste de nous par un “plus de 30 ans”… Chiant. Ce qui ne fait que prouver ce qu’il avance d’ailleurs, le manque de considération par nos aînés, le monopole de la parole officielle. Une série de clichés nuls que cet ouvrage ne fait que nourrir.

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    Oxford - 13 février 2016
    1. Tu trouves que c’est une série de clichés ce qu’il dit ? Moi je m’y suis totalement reconnu (et pourtant je fais partie des actifs, ceux qui se battent pour avancer et faire ce qu’ils aiment sans se plaindre)…
      Justement, il dit que l’avenir est sur les nouveaux supports technologiques et qu’il y germe déjà donc il va dans ton sens.

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      Ca Se Saurait - 13 février 2016
      1. Ok 🙂 pas vu ce passage (ou lu trop vite)

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        Oxford - 13 février 2016
  10. Le problème c’est que les jeunes de Mai 68 sont nos politiques d’aujourd’hui… Je ne suis pas sûre qu’entrer en résistance soit très bénéfique. On peut aussi très bien faire notre voix sans dire “merde” en même temps, non ? Je trouve le discours très négatif, alors qu’on pourrait voir les choses de manière bien plus lumineuse. Je vais bientôt avoir 25 ans, j’arrive à la fin de mes études, j’ai hâte de m’installer avec mon copain, puis de construire ma famille. Je n’aime pas l’idée que j’en serai coincée. J’ai un peu peur de mon avenir professionnel mais j’ai la Foi, je confiance en ce qui va m’arriver. Mais me “battre”, faire la “révolution”, très peu pour moi…

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    Adeline - 13 février 2016
    1. Eh bien si tu n’es pas encore sorti du cocon parental je ne veux pas te faire peur mais oui c’est très dur il faut dire ce qui est (sans complainte de ma part). Il ne prône pas la révolution violente ceci dit mais philosophique 🙂
      A ce propos bientôt un autre livre sur le sujet pour trouver des solutions sans pour autant faire la révolution 🙂

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      Ca Se Saurait - 13 février 2016
      1. Si si, je suis bien sortie du cocon familial puisque j’ai mon appart depuis plus de 6 ans, je vis sur ma bourse et mes petites économies. C’est sûr que si je n’avais pas mon père pour me donner un petit billet de temps à autre et mon copain pour assurer les sorties ma vie serait beaucoup moins facile. Mais je vis plutôt pas trop mal quand même. C’est sûr que je n’ai pas le dernier look à la mode, ni le rouge à lèvre dernier cri. Je dépense peu en futilité et j’apprends beaucoup à ne plus les envier (ce qui est assez dur dans notre société en fait). Je ne dis pas par là que tu achèterais des futilités hein ! Mais en faisant attention on peut s’en sortir plutôt bien dans ma situation (c’est à dire sans crédit, sans enfants : la jeunesse quoi !)

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        Adeline - 15 février 2016
        1. 🙂 (d’accord, je demande^^)

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          Ca Se Saurait - 15 février 2016