Non mais tu croyais quoi ?

“Non mais tu croyais quoi ?!”

Cette phrase est tellement révélatrice du pseudo-cynisme ambiant que les êtres humains ont cru bon d’instaurer entre eux depuis des millénaires.

Tu croyais quoi

Elle sous-entend qu’est crétin, ou naïf, toute personne qui a cru un instant qu’un de ses pairs pouvait être gentil intelligent ou bien intentionné.

“Rolala mais quel gros crétin, quel benêt d’y avoir cru ! Heureusement qu’on est là pour lui expliquer comment ça marche, comment se comporter…”

La personne a qui l’on dit “non mais tu croyais quoi ?!” aurait donc été bête d’y croire ?

Bête d’éventuellement penser que tous les êtres humains ne sont pas systématiquement et fondamentalement égoïstes, intéressés et mauvais ?

Et celui qui dit cette phrase, si sûr de lui, n’a donc jamais assisté, pas une seule fois dans sa vie, à un acte aimant ou désintéressé ?

C’est bien là que le bât blesse. Parce que la réponse est oui, ou si peu. Faut dire que les cons, c’est pas ce qui manque.

Mais qui est le plus stupide ? Celui qui se plie à la majorité lâche, paresseuse et égoïste ou celui qui choisit encore et toujours de s’accrocher aux dix pour cent restants ? Les dix pour cent de moments dans la vie où les choses sont vraiment belles, fortes, importantes, intéressantes. Les dix pour cent de moments de vie où les êtres décident de lâcher-prise, d’être eux-mêmes. Les dix pour cent de gens qui comptent. Ces dix pour cent qui nous font tenir.

S’il semble important d’observer notre monde et ses codes (à la con), vous n’êtes pas pour autant obligé de vous laisser submerger par tout ça.

“Et si on arrêtait de se croire intelligent quand on absorbe des codes sociétaux inventés par des névrosés despotiques pour des névrosés masochistes ? Et si on comprenait que c’est en acceptant ces codes, en se disant qu’il faut s’y plier pour avancer dans nos vies, que l’on contribue à enfoncer notre monde dans une stupidité sans nom ?”

Que ce soit à titre personnel ou professionnel, relevez la tête et agissez avec votre cœur et vos convictions. Ne vous laissez pas submerger par la stupidité ambiante qui voudrait que vous rejoigniez ses rangs.

Ne cédez pas à la facilité, par pitié, ne devenez pas un parasite parce que vous vivez au milieu d’autres parasites.

Restez un phare dans la nuit.

Alors, je croyais quoi ? Ben je croyais l’être humain fondamentalement capable du meilleur. Et j’y crois toujours.

Parce que nous avons tout cela en nous dès la naissance, et que c’est la suite qui nous pourri. Je persisterai à observer les cons en me disant qu’ils ne sont pas nés comme ça, qu’ils ont à un moment cédé à quelque chose.

Et si on arrêtait de se croire intelligent quand on absorbe des codes sociétaux inventés par des névrosés despotiques pour des névrosés masochistes ? Et si on comprenait que c’est en acceptant ces codes, en se disant qu’il faut s’y plier pour avancer dans nos vies, que l’on contribue à enfoncer notre monde dans une stupidité sans nom ? Et si on arrêtait d’inverser les choses en prenant pour des crétins ceux qui, par leur comportement, sont les seuls à faire en sorte que ce monde ne devienne pas totalement invivable ?

Non mais tu croyais quoi ? Qu’on allait en plus t’écouter et t’ouvrir nos cœurs ?

Ah oui pardon excusez-moi… promis je ferais un effort… bande de cons !

 

Journaliste indépendante et animatrice à Radio France, je vous informe sans concession !

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Comments (12)

  1. Merci Sabrina,
    Encore une fois, un super article qui m’a beaucoup touché et qui aborde les fondamentaux.
    Souvent, ( et de plus en plus en vieillissant) la connerie humaine me fatigue tellement, m’atteint tellement que j’éprouve le besoin de rester dans ma coquille pour ne pas être blessée, salie par elle. Ou pour ne pas devenir trop négative ou aigrie…comme les cons quoi! Je suis une éponge, ça a pas mal d’inconvénients. Je me préoccupe aussi beaucoup ( trop?) des ressentis et sentiments des autres, quand eux ne prennent pas de gants pour te blesser sans vergogne…
    Je ne parle même pas des médias de masse, de certains réseaux sociaux, ils me navrent tellement que ça y est, j’ai enfin réussi à m’en sevrer, c’est là que la connerie et l’effrayante moutonnerie s’exprime dans toute sa ” grandeur”. Je suis branchée sur Arte, j’ai la sensation que ça m’élève un peu.
    MERCI encore d’exprimer si bien tout haut ce que beaucoup de tes lecteurs pensent tout bas.
    Bonne continuation!

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    Pont - 25 août 2016
    1. Et merci vraiment à toi de me l’écrire comme ça 🙂
      Ça me fait un papillonnement dans le cœur <3
      C'est un équilibre très délicat que celui de ne pas se renfermer face au monde qui nous blesse, je crois justement que là se trouve le défi. En ce moment je suis en plein dedans et je veille justement à trouver mon équilibre entre ne pas devenir aigri et ne plus être heureuse face à tout ce que je vois et continuer mon bonhomme de chemin. Une façon de trouver un chemin pour faire face à une certaine victoire moderne de la médiocrité, de la sclérose et de l’égoïsme pour imposer ma façon d'être et en même temps y trouver mon compte sans finir par m'épuiser 🙂
      Je suis sûre que cela te parle ^^

      D'ailleurs j'en parle dans une interview que je viens d'accorder à Radio Médecine Douce à propos de Métro, boulot… bonheur !(cf. https://radiomedecinedouce.com/broadcast/32257-M%C3%A9tro-boulot-bonheur. NB : il manque les 5 dernières minutes de l’interview mais ça va vite être réparé) où, même si j’étais très fatiguée (notamment par ma vie professionnelle) quand je l’ai accordée, je parle de ce phénomène, de nos rapports aux autres tout ça… dis-moi ce que tu en penses ^^

      Bises.

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      Ca Se Saurait - 25 août 2016
  2. On m’a souvent dit cette phrase. Car, voilà, je suis trop naïve, trop sympa, même envers mes clients qui, pour la plupart, se comportent comme des gros mal élevés. Chaque fois que je m’en étonne, que je m’en offusque, que je suis surprise, on me traite pareil.
    Mais heureusement qu’il y a encore de bonnes personnes sur cette Terre, et d’autres qui y croient ! Sinon, ça serait tellement triste et sans intérêt ! Ceux qui disent ce genre de choses sont cyniques, et ce sont eux les plus malheureux, pas ceux qui ont eu le courage d’y croire et qui essuieront sans doute quelques déceptions.
    Bises
    Manon Grelha

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    Manon Grelha - 23 août 2016
    1. Oui, c’est pour toutes ces raisons que cet article est sorti d’une traite l’autre jour et parce que j’y crois profondément 🙂

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      Ca Se Saurait - 23 août 2016
  3. 10% ?
    Moi j’aurais dit plus, je suis une éternelle optimiste^^. La plupart des gens sont plutôt chouettes je pense juste qu’ils se protègent pour éviter les désillusions et les blessures. Mais quand tu brises la carapace, tu as souvent de bonnes surprises.
    Je crois aussi que l’homme est bon par nature sinon le “mal” aurait gagné depuis longtemps.

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    Aileza - 22 août 2016
    1. Exactement ! C’est exactement ce que je dis 🙂
      Nous naissons bons, c’est le reste qui nous pourri ensuite et qui donc nous fait adopter des carapaces, j’en suis con-vain-cue ^^
      Maintenant c’est à chacun de voir que les carapaces nous font perdre notre temps, passer à côté de notre vie et blesser les autres. A chacun de travailler sur soi pour son bien et celui des autres…

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      Ca Se Saurait - 22 août 2016
  4. M’en fiche, je resterai encore et toujours accrochée aux 10%, même si pour cela tu récoltes les quolibets et autres sentences de pseudo”moi j’ai tout vu et connu de la vie”, car ces 10%(je pense honnêtement qu’il y a plus de 10%, et qu’en plus cela augmente!) sont les plus doux.
    Merci pour ce bel article, et passe un bon week-end.

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    Karinette06 - 20 août 2016
    1. Merci Karinette 🙂

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      Ca Se Saurait - 20 août 2016
  5. Merci à nouveau pour cette lueur d’espoir, ça fait du bien. Oui on a le droit d’être optimiste et de croire que la vie (et les autres) peuvent nous sourire, sans pour autant être idiots.
    Et merci de me faire réaliser que c’est moi l’idiote, quand justement je dis à quelqu’un “non mais tu croyais quoi ?”… C’est bien de se remettre en question aussi, parfois.

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    Anne-Sophie - 19 août 2016
    1. Et merci à toi pour ce commentaire <3
      Bon, faut pas s'auto-flageller et rester bienveillant avec soi-même. Commencer par être lucide pour ne pas se voiler la face pour voir les choses telles qu'elles sont. C'est à dire qu'on est souvent embringué dans un flot de connerie ambiante et qu'on y cède parfois, souvent, tout le temps selon sa personnalité. Voir ça, se le prendre en pleine face et décider que parfois, un peu, tout le temps (selon sa personnalité^^) on ne veut plus y céder 🙂

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      Ca Se Saurait - 19 août 2016
  6. “Hé, bande de cons, vous allez vous aimer bordel de merde!”
    Sympa cet article, j’adhère complet!

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    Cendra - 19 août 2016
    1. Ha Ha c’est ça !
      Parfois c’est bien de se poser deux minutes et d’aller au delà de ce que tout le monde considère comme un évidence ^^

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      Ca Se Saurait - 19 août 2016