La biologie féminine : ultime bastion du droit des femmes ?

Une nouvelle génération, dont je fais partie, fait un amer constat : la « liberté » actuellement proposée aux femmes est loin d’être totalement aboutie. On pourrait la résumer ainsi : plie ton corps aux exigences de la société et tu pourras t’y intégrer.

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Pour y réfléchir, voici mon dernier article actuellement en kiosques : La biologie féminine : ultime bastion du droit des femmes ?
Extraits :
 
“Les années 1960 ont entamé la grande libération du corps des femmes, mais de nombreux combats restent à mener. Doubles journées pour concilier maternité et vie professionnelle, liberté sexuelle soumise à des dispositifs médicaux qui ne sont pas sans effets secondaires, contrôles, pressions et infantilisations diverses tout au long de la vie… De plus en plus de Françaises sont lasses de se plier aux exigences d’une société érigée par et pour les hommes. Pour faire avancer les combats féministes, elles nous invitent à y intégrer la biologie féminine et ses spécificités. Une réflexion déjà entamée il y a soixante ans, mais qui rencontre encore aujourd’hui de nombreuses résistances et divise entre elles les féministes…

 

De plus en plus de Françaises sont lasses de se plier aux exigences d’une société érigée par et pour les hommes. Pour faire avancer les combats féministes, elles nous invitent à y intégrer la biologie féminine et ses spécificités.
Debusquat féminisme

 

Une nouvelle génération, dont je fais partie, fait un amer constat : la « liberté » actuellement proposée aux femmes est loin d’être totalement aboutie. On pourrait la résumer ainsi : plie ton corps aux exigences de la société et tu pourras t’y intégrer. Pilule dès l’adolescence pour « régulariser le cycle », examens gynécologiques qui obligent à se dévêtir totalement et à exposer son intimité « juste pour vérifier que tout va bien », accouchements inutilement hypermédicalisés et formatés à la convenance des médecins au mépris du confort de la patiente, ménopause traitée comme une affreuse maladie, pression exercée pour le dépistage du cancer du sein dès quarante ans… Ce constat pousse à réaliser à quel point la biologie féminine est encore de nos jours mesurée et contrôlée, comme si chaque phénomène physiologique normal chez la femme devenait une nouvelle maladie à traiter. Ainsi, notre époque refuse de dire qu’hommes et femmes sont différents, et pourtant leur seule distinction fondamentale, le fait de porter l’enfant, fait d’elles l’objet d’un contrôle incessant tout au long de la vie.”

 

Que dit de nous une société qui, plutôt que de repenser son modèle à l’aune des contraintes biologiques des femmes, préfère leur proposer de congeler leurs ovocytes plutôt que de repenser totalement l’organisation du monde du travail ?

 

Dans la droite lignée des réflexions que je partage ici avec vous, je m’interroge  dans cet article sur ce que le mode de vie moderne fait peser sur les femmes. Doubles journées harassantes pour mener de front carrière et vie familiale, hypermédicalisation (cf. notamment mon billet Quand l’industrie pharmaceutique transforme en maladie tout processus naturel chez la femme), pollution, etc. Quand tout doit aller vite, être rentable et que le chacun pour soi règne qu’en est-il des droits des femmes ? J’en viens à penser que ce qui dérange dans le féminisme c’est finalement qu’il implique de repenser en profondeur une société érigée par et pour les hommes. Le corps des femmes, sans les réduire à ce dernier, les met face à des contraintes différentes. La société, plutôt que de les prendre en compte et de faire avec, cherche le plus souvent à les gommer, à les rendre discrètes, rapides et à les éloigner de l’espace public… Pour mieux faire comme si elles n’existaient pas ? Tout cela ne me semble pas particulièrement contribuer au bien-être des femmes… Nous avons avancé, bien heureusement , mais de nombreux combats restent à mener ! Car…

 

Que dit de nous une société qui ne permet pas aux femmes de vivre sereinement leur grossesse, leur accouchement et les premiers mois de vie de son enfant ?

 

Que dit de nous une société qui, plutôt que de repenser son modèle à l’aune des contraintes biologiques des femmes, préfère leur proposer de congeler leurs ovocytes plutôt que de repenser totalement l’organisation du monde du travail ?

 

Cette réflexion est complétée par un échange avec la philosophe Marianne Durano autour de son excellent essai Mon corps ne vous appartient pas. Contre la dictature de la médecine sur les femmes (Albin Michel) dont voici un extrait :

 

Nexus : L’histoire nous montre souvent qu’une aliénation est remplacée par une autre et qu’au final, « la seule liberté que nous ayons, c’est celle de choisir nos aliénations ». Que répondriez-vous à celles qui vous diraient : « Je préfère l’aliénation technique contemporaine aux aliénations antérieures et je suis bien heureuse de dompter cette nature qui, si je la laisse faire, me fait enchaîner grossesse sur grossesse » ?

 

Tout d’abord, je conteste le mot « aliénation » quand il s’agit de la nature. Le mot « aliénation » vient du latin alienus, « qui appartient à l’autre ». Être aliéné, c’est donc dépendre d’un autre que soi-même. Quand on est aliéné à la technique, c’est clair, on dépend donc d’un système technicien qu’on ne maîtrise pas. Alors que quand c’est de notre propre nature qu’il s’agit, on n’est soumis à rien d’autre qu’à nous-même et, pour moi, c’est là la définition de la liberté. Alors, bien sûr, la seule liberté qui nous est accessible à nous, êtres vivants, c’est une liberté limitée, qui consiste à être soumis à ses propres lois, les connaître et les maîtriser pour être autonome. Néanmoins, cela ne veut pas dire que parce que l’on critique une aliénation technique, on regrette des époques antérieures. D’ailleurs, pour moi, cette manière d’opposer toujours le présent au passé est fondamentalement réac
tionnaire. C’est une manière de ne pas critiquer le présent. Dès qu’on commence à émettre des doutes sur notre organisation actuelle, il y a toujours des gens pour nous dire : « Vous voulez revenir dans le passé ! » Comme si, finalement, toute critique était fondamentalement nostalgique. Or, je pense que c’est une manière de ne pas penser.”

 

Bref, ruez-vous sur le magazine Nexus n°116 de mai-juin  :

 

A feuilleter ici et à acheter dans tous vos kiosques, points Relay et Maisons de la Presse !

Pour aller plus loin…

Sur le web :
Ma sélection de livres sur le sujet :

                                    

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Commentaires (4)

  1. Salut Sabrina,

    Sans vouloir être provocateur, sur cette thématique je trouve parfois plus facile de convaincre des hommes que certaines femmes elles-mêmes.
    Il n’y a plus guère d’obstacles il me semble à une liberté totale, choisie, imposée si nécessaire, et assumée.
    Je conviens que ce n’est pas facile dans tous les milieux et demande parfois des efforts certes injustes, mais c’est à portée de volonté. En tout cas, il faut je pense utiliser pour cela le support de celles qui ont posé les jalons et d’un nombre croissant d’hommes qui appellent cette prise de conscience et cette évolution naturelle de leurs voeux.
    Seulement, “parfois, quand on ouvre la porte de la cellule, le prisonnier choisit de ne pas s’échapper.” (Sogyal Rinpoché)
    Merci de combattre l’ignorance et la pensée unique avec tes articles au service de ceux qui n’osent pas (encore…)

    Répondre
    Fabien - 9 mai 2018
    1. Salut Fabien (contente de te retrouver 🙂 )
      Mhhh, je ne sais pas si je te rejoins totalement sur tout, en revanche, oui, clairement, les anciennes prisons sociales fonctionnent commes des membres fantômes et marquent encore fortement les esprits. Si l’on regarde à l’échelle de l’histoire humaine, tout change tellement lentement, il n’en ira pas autrement aussi pour tout cela. Comme je l’explique dans J’arrête la pilule en appliquant l’analogie de la caverne de Platon avec la contraception hormonale :

      Beaucoup de femmes pensent que leurs souffrances sont inéluctables et se condamnent à rester au fond de la caverne contraceptive hormonale, sans imaginer un seul instant qu’une tout autre réalité s’offre à elles, à deux pas de la leur. Entretenues dans cette pensée par tout ce qu’elles ont toujours connu, vu et entendu, peu se font violence pour en sortir et découvrir la réalité. Celles qui le font et racontent à leurs camarades ce qu’elles ont vu sont considérées comme
      des affabulatrices. L’aura « féministe » et « progressiste » de la pilule recouvre donc de manière opaque une réalité bien moins sympathique, mais tous ceux qui abordent le sujet sont systématiquement vus comme une menace.

      En revanche, je trouve encore qu’on ne parle pas assez aux hommes ou que l’on s’arrête trop au constat sans chercher à créer une réel dialogue femme-homme (mais ça va venir !)

      1. Tout à fait ! Parlez aux hommes. De tout ! Parfois ils vous étonneront par le décalage avec ce vous pensiez savoir d’eux, de leurs ressentis, de leurs attentes, de leurs interrogations … Leur esprit à l’occasion plus binaire vous simplifiera souvent la tâche en cas de doute. Certains pourraient même être les principaux appuis sur lesquels bâtir cette liberté et cette alternative. Laissez les fachos et/ou machos d’un autre temps de côté dans leur misère intellectuelle et avancez, maintenant, construisez avec ceux et celles qui partagent une belle vision de l’avenir et de la juste harmonie entre hommes et femmes.
        Tout accélère dans cette période, il n’y a pas de raison que ces ultimes injustices perdurent très longtemps, d’autant qu’il y a selon moi un besoin vital de féminisation de nos modes de pensées comme de nos institutions, mais le mouvement doit sûrement germer de la base et se répandre exponentiellement et irrésistiblement, comme toute évolution pertinente et pacifique, et non attendre une reconnaissance officielle qui viendra naturellement en son temps.
        Et surtout, c’est quand on prend les premières décisions, qu’on fait le premier pas, c’est alors seulement et magiquement que l’univers abonde dans notre sens, ouvre des portes, se fait coquin facilitateur et nous entoure de personnes sur la même longueur d’onde, tout cet ensemble de circonstances qui décuplent la confiance et les possibilités.

        Répondre
        Fabien - 9 mai 2018
        1. Oui, et commencer par ‘infime, le petit, le quotidien aussi parce que les grandes révolutions commencent toujours par là 🙂