Aline, 38 ans, éducatrice en psychiatrie pour adultes


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Vous continuez à découvrir les métiers de chacun.

FolieCe dimanche, Aline à Arcueil, en région parisienne, vous emmène dans l’univers de la réinsertion sociale des adultes en difficultés psychiatriques.


Tu es éducatrice spécialisée en psychiatrie adulte. Les institutions psychiatriques sont souvent perçues avec beaucoup de préjugés, comme un endroit un peu opaque et inconnu où l’on enferme les “fous”. Alors en quoi consiste ton travail exactement ?



Je fais des entretiens éducatifs ( différents des entretiens psycho) au cours desquels nous pouvons réfléchir à un projet professionnel, de séjour de vacances ou de mise en place d’une aide-ménagère à domicile, par exemple. Je peux aussi, avec le patient, faire des listes et des plannings afin de les aider à gérer leur quotidien. Leur donner des objectifs pour l’entretien suivant. De ce fait, le patient apprend à faire seul.
Les patients sont en général tout à fait capables (pas de déficience intellectuelle, ni de handicap moteur), mais ils ne prennent que très peu d’initiatives et ont besoin d’être stimulés pour passer à l’acte.

En fait, nous sommes spécialisé en rien, et surtout pas en psychiatrie…
Le terme “spécialisé” vient de la création de notre métier, dans les années 60, alors que certains enfants ne pouvaient pas être scolarisés dans des écoles classiques pour diverses raisons, une éducation spécialisée a été mise en place pour eux, mais notre formation reste très générale et le profil des personnes que nous accompagnons s’est considérablement élargi : enfants, adultes, tout type de handicap et de difficultés sociales.
Me concernant, j’ai choisi d’exercer mes fonctions dans le domaine de la santé mentale, mais je ne suis pas obligée d’y faire toute ma carrière, ma formation me permettant de travailler avec des publics très différents.
Aujourd’hui, il est encore assez rare de voir des éducateurs en psychiatrie adulte.

Heureusement, il y a de moins en moins de “fous” enfermés. L’hospitalisation temps plein concerne les personnes en crise. Là où je travaille, dans un hôpital psychiatrique publique de la région parisienne, cela dure rarement plus de 2-3 semaines. Les hospitalisations plus longues sont souvent le résultat d’un problème de logement.

La politique de sectorisation mis en place dès les années 70 a ouvert des lieux d’accueil de jour (centre de consultations, hôpital de jour, centre d’activités à temps partiel) à proximité du domicile du patient. Il peut aussi y avoir aussi une “Hospitalisation à Domicile”.


A quoi ressemble une instance psychiatrique ?


Personnellement, je travaille justement en accueil de jour et ne vais que très peu à l’hôpital (où là on peut retrouver les images d’asiles : patients sédatés, déambulant en pyjama dans les couloirs, délirant, criant ou se tapant la tête contre les murs… pour certains car d’autres paraissent beaucoup plus “normaux”)


Quelles études as-tu faites pour faire ce métier aujourd’hui ?


J’ai passé un Diplôme d’Etat d’Educateur Spécialisé. C’est une formation de trois ans accessible après le bac, sur concours, mais il est souvent demandé d’avoir déjà une expérience dans le domaine du social.


Quel a été le déclic qui t’as fait dire un jour, “-Je veux faire ce métier” ?


Je travaillais dans la communication (vidéo, infographie…), mais je cumulais les petits contrats et subissais régulièrement des périodes de chômage. Une amie de ma mère m’a proposé de faire un remplacement de 3 mois à mi-temps dans un centre d’accueil de Jour pour adultes handicapés mentaux gérée par une association de familles d’usagers. Le mi-temps est devenu plein temps, puis a été prolongé…
Là je me suis dit que je voulais mettre en place des ateliers artistiques pour des personnes handicapées. Ce sont des personnes qui ont souvent beaucoup de choses à exprimer mais qui n’ont pas la culture et parfois pas la parole pour se faire comprendre. Les activités manuelles créatives, comme la peinture, le modelage, la vidéo, etc…, permettent de partager certaines émotions.
Il fallait un diplôme, j’ai donc ensuite tenté celui d’éducateur. A 31 ans…

Educatrice spécialisé psychiatrie

Aline (© Bernard Nicolau-Bergeret)

 


Quel est le sens profond de ton travail, qu’apportes tu à tes “patients” ?


J’accompagne des personnes avec un handicap psychique (maladie mentale), stabilisées, dans leur vie sociale. Les maîtres mots sont : autonomie, socialisation, insertion.
Je peux travailler à leur domicile, à l’extérieur pour diverses démarches, au Centre Médico-Psychologique pour des entretiens, ou au Centre d’Accueil Thérapeutique à Temps Partiel pour des activités de groupe.

J’espère leur apporter une certaine stabilité dans leur vie, des repères, donc un bien être.
La psychose coupe la personne malade de la réalité. Elle devient alors incapable de faire face à des choses du quotidien qui peuvent nous paraître anodines, comme s’occuper de ses papiers administratifs, faire le ménage, cela peut aller jusqu’à avoir des difficultés à se nourrir… Ces personnes sont également très souvent isolées en raisons de fortes angoisses ou de contacts “bizarres” avec leur entourage.
Il faut savoir que ce genre de maladies ne se guérit pas, et qu’il y a souvent des rechutes. Quand le patient est de nouveau en crise, on peut avoir l’impression qu’il y a tout à refaire, que notre travail n’a servi à rien.


Qu’aurai-tu à dire au gens qui nous lisent concernant la folie et les maladies psychiatriques ?


Il faut arrêter d’avoir peur de la folie (peur largement entretenue par les médias). Les malades sont généralement plus dangereux pour eux-mêmes que pour autrui.
Sachez que la schizophrénie touche 1% de la population, donc les personnes habitant dans des grandes villes et/ou prenant les transports en communs par exemple, en croisent tous les jours 😉


Alors, comment se fait-il que l’on ait cette image tant ancrée du fou dangereux ?


Parce qu’il y a malheureusement des drames (encore très récemment avec cette institutrice qui s’est faite poignardée par une mère atteinte de “troubles psychiatriques”) et qu’ils sont mis à la une par les journalistes qui gagnent leur vie avec le sensationnel.
Le public qui n’a pas connaissance de la réalité de la maladie psychique et n’a donc pas d’autre référence que ce qui est montré au journal de 20h, peut donc penser que psychiatrie rime avec dangerosité.


As-tu une anecdote inattendue/rigolote (ou pas) à propos de ton travail ?


Il y en a tant que je ne m’en souviens plus… Et oui, on rigole pas mal en psychiatrie… il s’agit en général d’expressions, de néologismes. Nos patients n’ont pas toujours accès au second degré ou alors parlent de façon très imagée (mais ces images sont leur réalité, et non pas la notre)

Quant aux choses inattendues, on les attends tous les jours ;-). Nos patients sont souvent surprenants, imprévisibles. Mais mon éthique et le secret professionnel auquel je suis soumise ne me permettent pas de raconter des anecdotes précises. Un de mes patients pourrait lire le blog et se reconnaître.


Merci Aline pour cette belle découverte !

Et vous, connaissiez-vous la profession d’Aline, avez-vous été surpris ?

Journaliste indépendante et animatrice à Radio France, je vous informe sans concession !

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Comments (3)

  1. Merci. Il a fallu un peu de courage certes (surtout pour tout le travail de recherche et d’écrit qu’il y a à fournir pendant cette formation. Je pense au mémoire notamment), mais il faut surtout bcp d’envie. Pareil pour excercer 😉

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    Aline - 18 août 2014
  2. Article très intéressant. Elle est super courageuse d’avoir repris ses études à 31 ans. En tout cas bravo à elle et à toi pour l’avoir mis en lumière!

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    mummymoonie - 17 août 2014
    1. Et merci à toi pour ton commentaire, c’est le but du blog, partager, découvrir ^^

      Répondre
      Sabrina Chauchard - 17 août 2014