Quand les accros au porno dénoncent une industrie qui leur gâche la vie

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Femmes regardées dans la rue comme des bouts de viande, couples brisés, attention professionnelle phagocytée par “l’obsession de la branlette” : à y regarder de plus près le porno n’est pas si anodin qu’on voudrait nous le faire croire et génère peut-être plus de souffrances que de plaisirs.

© Luis Quiles

Une voix s’élève pour dénoncer les graves conséquences que peut entraîner une dépendance au porno, dépendance dont on sous-estime certainement le nombre de personnes touchées directement et… indirectement.

Le porno dans la société : état des lieux :

89 % des Français déclarent avoir déjà regardé un film X, 58 % les trouvent “dégradants”, et une minorité, 21 %, les jugent “sains” (sondage IFOP 2009 pour Marc Dorcel productions). C’est donc un sujet qui nous touche tous, sachant que sur ce genre de sondage il est reconnu que le sujet étant sensible, les réponses sont certainement en dessous de la vérité (comme le démontre cette étude avortée de chercheurs qui voulaient comparer des hommes qui regardent du porno à d’autres qui n’en regardent pas : ils n’ont pas trouvé d’hommes de 20 ans qui n’en regardait pas !).
Pourtant si quelques-uns tentent de lancer un débat public, de faire réfléchir sur l’omniprésence actuelle du porno et l’influence qu’il a sur nos vies, le sujet est souvent vite balayé, remisé au rang de “choix relevant de la vie privée” et ses détracteurs traités de moralistes ou de pudibonds.
“Pourquoi refuser de voir que depuis vingt ans que le porno s’est généralisé, notamment avec l’arrivée d’Internet dans les foyers, certaines pratiques jusqu’alors très minoritaires sont presque devenues la règle ?”
Pourtant que penser de cette hypersexualisation des petites filles, que penser du fait que près de la moitié des 18/24 ans s’épilent désormais intégralement le pubis (sondage IFOP “Enquête sur l’influence des films X sur le rapport au corps et la vie sexuelle des Français“), que penser des complexes des hommes sur la taille de leur pénis ? Tous ces comportements sont-ils le fruit du simple hasard ? Pourquoi refuser de voir que depuis vingt ans que le porno s’est généralisé, notamment avec l’arrivée d’Internet dans les foyers, certaines pratiques jusqu’alors très minoritaires sont presque devenues la règle ?
luis quiles porno jeune fille
Je ne suis pas du genre dogmatique ou manichéenne. Pourtant je suis persuadée que le porno a une influence bien plus grande que l’on pense sur nos vies et notre société, comme l’explique Richard Poulin, professeur de sociologie à l’Université d’Ottawa, et auteur de Sexualisation précoce et pornographie dans Le Monde :

” La pornographie, en nous bombardant d’images de jeunes filles hyper sexualisées, a affecté la culture en profondeur. Son influence domine les désirs, les fantasmes, mais également les pratiques sexuelles et corporelles.[…] 
Ces nouvelles normes corporelles apparues des années 1990 nous viennent directement de l’industrie pornographique. C’est pourquoi je suis aujourd’hui très inquiet pour la jeune génération, née dans le porno, dont c’est le lieu principal d’éducation sexuelle. Les études au Canada montrent que la consommation de porno commence aujourd’hui dès 13 ans. Les conséquences seront grandes dans les années à venir. […]
Pour moi, le plus important est de s’attaquer au porno. Or, on n’y touche jamais. On s’empêche d’y toucher, car pour beaucoup, le porno est assimilé à la liberté d’expression. Son explosion dans les années 1990 s’est faite en parallèle du triomphe de la valeur néolibérale. Pas question, depuis, de le réglementer.”
Chacun se fera donc son avis en âme et conscience.

Ex-accro au porno : il prône le sevrage total et dénonce une industrie qui ruine la vie de millions de gens :

Florent Badou, 32 ans lui a fait le sien. Après avoir été accro au porno pendant 15 ans il a décidé de dénoncer ses méfaits et a même créé une méthode pour se sortir de l’addiction aux films X. Dans son livre Avant j’étais accro au porno il décrit sans ambages les rouages de cette véritable drogue qui lui a gâché la vie pendant des années.
” Les discours du type “la pornographie c’est libératoire” sont petit à petit en train de prendre du plomb dans l’aile [même si] une partie des membres de la classe scientifique remet en cause l’existence de la porno-dépendance”
Florent Badou
Tout au long de ses 125 pages il explique comment les jeunes hommes commencent à s’intéresser au porno par curiosité naturelle puis en font une habitude, habitude qui se transforme ensuite parfois en véritable addiction dont on n’imagine pas les dérives : attrait pour la pédopornographie ou la zoophilie, divorces, licenciements, objetisation de la femme “derrière l’écran” qui se transforme en objetisation de la femme dans la rue… et surtout un immense mal-être et une souffrance intérieure. Destructrice et isolante cette addiction est d’autant plus sensible que le sujet, malgré sa banalisation, reste empreint de tabous comme tout sujet relatif au sexe.
Pour lui ” les discours du type “la pornographie c’est libératoire” sont petit à petit en train de prendre du plomb dans l’aile” et même si “une partie des membres de la classe scientifique remet en cause l’existence de la porno-dépendance” il suffit de “constater que vous avez du mal à vous défaire de la pornographie alors que vous le voulez vraiment” pour conclure qu’il y a un problème grave : quelque nom que l’on lui donne. A contre-courant des discours habituels il affirme que le X a des influences bien plus pernicieuses sur notre quotidien que ce que l’on accepte couramment : “l’humanité c’est la sensibilité, l’intelligence, l’empathie et surtout la notion de lien. Tout cela est broyé dans le porno.
“l’humanité c’est la sensibilité, l’intelligence, l’empathie et surtout la notion de lien. Tout cela est broyé dans le porno.”
© Luis Quiles
Avec “3 milliards de publicités” par jour sur les sites Internet pornographiques et un YouPorn qui fait plus de visites à lui seul que Netflix, Amazon et Twitter réunis, Florent Badou pointe du doigt une industrie qui joue froidement sur vos pulsions pour faire du fric. Du fric tout en propageant une vision extrêmement sexiste qui “chosifie les êtres humains en supprimant ce lin social qu’est le regard ou en ne le tournant que vers les parties génitales“, qui uniformise les désirs et qui, dans un cercle vicieux du “toujours plus”, vous emmène à visionner des pratiques extrêmes pour lesquelles les acteurs sont parfois anesthésiés localement. Il rappelle de manière édifiante que dans le top 10 des mots-clefs relatifs au porno se trouvent les tags “douleur”, “sexe forcé”, “sexe entre père et fille”… le numéro un planétaire étant “teen” autrement dit “très jeune fille”, “adolescente”. No comment sur le type de dérives que cela entraîne ensuite concrètement dans la rue, je l’ai vécu comme des millions d’autres jeunes filles et cela me dégoûte.
“dans le top 10 des mots-clefs relatifs au porno se trouvent les tags “douleur”, “sexe forcé”, “sexe entre père et fille” le numéro un planétaire étant “teen” autrement dit “très jeune fille”, “adolescente””
Ceux qui regardent du porno ne sont pas comme il le dit “des pervers”, ce sont des hommes et des femmes (majoritairement des hommes toutefois) qui sont souvent tombés dessus par hasard la première fois et qui n’ont pas réussi à stopper l’engrenage pour X ou Y raisons (haha !) telles que la solitude, la timidité, la frustration, le manque d’expérience ou le stress.
Si vous êtes incapable de vous retenir de vous masturber sur des images ou des vidéos régulièrement et que cela vous fait souffrir parce que vous sentez au fond de vous que ce n’est pas très sain Florent vous propose très concrètement des astuces pour comprendre pourquoi vous êtes devenu accro, comment votre addiction fonctionne (appuyé sur le sujet par le Professeur Marc Auriacombe, chef du pôle addictologie du CHU de Bordeaux). Il explique en ces termes comment lui a ressenti que quelque chose clochait : “L’addiction se définit in concreto par le “sentiment subjectif d’aliénation éprouvé par la personne elle-même”. Je ne me suis jamais demandé si j’étais porno-dépendant ou accro : je sentais, je savais que l’usage que j’avais du porno pour rechercher l’excitation et l’orgasme n’était pas juste, pas sain pour moi.
Parce que rien ne vaut une bonne interview pour mieux comprendre un auteur j’ai demandé à Florent Badou de répondre à mes interrogations suite à la lecture de son livre. Avec gentillesse il s’est prêté à l’exercice et nous éclaire, porno-dépendant ou conjoints.

Ça Se Saurait : Vous êtes vous-même un ancien accro au porno et avez décidé d’en parler publiquement. Alors que le porno semble aujourd’hui très banalisé avez-vous eu des facilités à en parler ? Comment votre ouvrage a été reçu ?


Je n’ai pas décidé d’en parler publiquement, j’ai décidé d’en parler au public. Nuance : je tiens à mon nom de plume. Je n’ai pas de difficultés à en parler à des amis proches – vraiment proches – car je sais que je ne serai pas jugé. Sinon, j’évite. Quelqu’un qui perd le contrôle est rapidement catégorisé comme tel.

Mon ouvrage est globalement très bien reçu ! Ceux qui n’aiment pas n’en parlent pas en fait. Le débat de savoir si c’est une addiction ou non est un faux débat : ce qui importe selon moi c’est que ceux qui souffrent de ne pas arriver à arrêter trouvent des solutions concrètes à ce problème.

Ça Se Saurait : Pour ceux qui n’ont pas été confrontés à la porno-dépendance, pouvez-vous nous décrire une journée type pour que l’on comprenne jusqu’où cela peut aller ?


Se lever, prendre son ordi dans son lit, faire son affaire. Au travail, prendre son téléphone et ses écouteurs aux toilettes, faire son affaire. Entre temps, fantasmer sur les femmes qu’on peut croiser. Le soir, idem. A deux heures du matin, se réveiller, ne pas se rendormir, aller sur son ordinateur, faire son affaire. Il n’y a pas vraiment de règles, je décris là ce qui me semble être un cas moyen d’addiction, de perte de contrôle.

Ça Se Saurait :  Vous expliquez dans ce livre que, de même que pour un ancien alcoolique, le sevrage doit être total et non progressif pour réussir. C’est plutôt tranché comme avis et comme vous l’exprimez avez-vous remarqué qu’il soit aujourd’hui difficile de critiquer aussi durement le porno ?


Il est très difficilement possible d’arrêter d’un coup. En revanche, il faut essayer d’arrêter d’un coup ! Si l’on s’y met progressivement, cela a toutes les chances de rater. C’est mon expérience et celle d’internautes avec qui j’ai échangé à ce sujet (et sur la durée : pas juste un email donc). Il faut avoir conscience qu’il y aura des rechutes pour ne pas les dramatiser et entrer dans une honte de soi et une culpabilité destructrice. L’idée est d’être bien dans ses pompes en somme.
“Ce n’est effectivement pas facile de critiquer le porno aujourd’hui car il est ultra banalisé (jusque dans le marketing publicitaire) et qu’on nous prête dans ce cas des intentions de censure ou de morale complètement hors sujet. Ce qui me paraît vraiment dramatique à l’heure actuelle, c’est son accessibilité instantanée.”

Ce n’est effectivement pas facile de critiquer le porno aujourd’hui car il est ultra banalisé (jusque dans le marketing publicitaire) et qu’on nous prête dans ce cas des intentions de censure ou de morale complètement hors sujet. Ce qui me paraît vraiment dramatique à l’heure actuelle, c’est son accessibilité instantanée.
Je cherche d’abord, à travers mon livre, à faire réfléchir le lecteur sur ce qu’il veut faire de sa vie et ensuite, à l’aider à reprendre le contrôle.


Ça Se Saurait : Dans votre livre vous parlez d’un porno macho, misogyne, qui objectifie la femme. Aussi pensez vous qu’un accro au porno voit ses relations et sa vision de la femme modifiées et si oui comment cela se manifeste-t-il, se concrétise-t-il ?

(NB : pour illustrer le phénomène, un porno-dépendant dit par exemple dans les commentaires sous un article de Stop Porn “C’est un gros défi de voir les filles comme des personnes“)


Je crois qu’il objectise la femme mais aussi l’homme. Et ça, on en parle moins. Il le réduit à un porte sexe, à ses pulsions. Personnellement, je refuse d’être considéré comme tel !! Depuis que j’ai décroché, je suis beaucoup plus libre de mon regard vis-à-vis des femmes dans la rue. Pour bien comprendre ce phénomène, il n’y a qu’à jouer dans les espaces publics à ce que j’appelle “le mateur maté”. Regardez les hommes quand une jolie fille passe à proximité d’eux… Pour moi, c’est une conséquence du porno. Tout est dans l’équilibre comme je le rappelle dans mon ouvrage.

” Regardez les hommes quand une jolie fille passe à proximité d’eux… Pour moi, c’est une conséquence du porno.”
© Luis Quiles

La question la plus évidente à se poser est “Est-ce que j’ai envie de fantasmer sur n’importe qui ?” D’autant plus si l’on est en couple. Personnellement par exemple je ne voyais pas ma femme comme un objet. En revanche, je n’étais pas toujours présent à elle lors de nos rapports. Il m’arrivait de penser plus aux images que j’avais dans la tête. Des positions, par exemple, me rappelaient trop les vidéos pornos. Lors de mon parcours de sevrage, je lui disais donc et on les évitait. Il y a une différence entre fantasme et désir. Le fantasme, on se l’interdit pour des raisons personnelles liées à la volonté. Le désir, il n’y a pas d’obstacle pour le réaliser. Maintenant que je suis plus libre de mon regard vis-à-vis des femmes en société, je ne les imagine plus dans des situations qui me font fantasmer. Bref, j’ai repris le contrôle de mon imaginaire.

“Maintenant que je suis plus libre de mon regard vis-à-vis des femmes en société, je ne les imagine plus dans des situations qui me font fantasmer. Bref, j’ai repris le contrôle de mon imaginaire.”

Le risque bien connu du porno c’est de chercher à reproduire ce que l’on voit alors que c’est artificiel, faux. Faux sperme, faux désirs, fausses jouissances. C’est parfois vu comme un cliché pourtant, on a vite fait de fantasmer sur des pratiques qui au fond nous dégoûtent. La pornographie et le sexe sont deux choses différentes. Mais la confusion existe et elle est dangereuse. On finit par demander des choses à sa partenaire alors qu’elle n’en a pas envie (et l’on croit en avoir envie à cause du porno). Cela a tendance à culpabiliser l’autre et à éloigner les partenaires l’un de l’autre.

Pour certains addicts au porno, il y a passage à l’acte au bout d’un certain temps : il y en a qui, encouragés par les fantasmes X, rêvent de découcher. Le porno provoque un isolement psychologique et donc à terme un éloignement psychologique des partenaires. On ne se couche jamais à la même heure et finalement, on finit par ne plus coucher ensemble (j’ai échangé avec des hommes qui font maintenant chambre à part). C’est un tout, ce n’est pas lié qu’à l’addiction au porno mais aussi au manque de dialogue et aux autres addictions (temps passé devant l’écran).


Ça Se Saurait : Pourquoi avez-vous décidé d’auto-éditer votre livre ?


J’ai reçu une proposition d’édition de mon livre par une maison d’édition ayant pignon sur rue. J’ai bien réfléchi et ai finalement décidé de rester sur le modèle de l’autoédition. Je vois cela comme un hobby. Je ne suis pas un auteur dont ce serait l’activité principale.

De plus, un livre ayant pour sous-titre “la méthode pour arrêter la pornographie” n’est pas vraiment un article que l’on a envie de passer devant la caissière. Le modèle de la vente en ligne sur Amazon est donc bien adapté.

Ça Se Saurait : A titre personnel, vous qui connaissez bien le sujet et comme il n’existe pas de statistiques, combien d’hommes pensez-vous être touchés par le phénomène ?


Le problème c’est qu’il s’agit d’une souffrance personnelle, difficile de dire combien essaient d’arrêter sans y arriver. Difficile ensuite de dire combien n’y arriveraient pas s’ils essayaient… Spontanément, j’avancerais le chiffre de 3 sur 10 à la louche. Mais attention, cela concerne aussi les femmes ! Pas juste les hommes.


NB : Si vous êtes touché par le sujet parce que vous réalisez aujourd’hui que le porno génère un malaise chez vous ou alors parce que vous souffrez que votre conjoint soit porno-dépendant je vous invite vivement à vous rendre sur le site de Florent Badou Stop Porn qui regroupe des témoignages, un forum d’entraide et des conseils concrets.

Et vous, pensez-vous que le porno aient une mauvaise influence sur notre société et les rapports humains qui s’y tissent ?

Journaliste indépendante et animatrice à Radio France, je vous informe sans concession !

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Commentaires (20)

  1. Merci, merci, merci pour cet article, il mets donne des mots et une explication.
    Mon ex regardait quotidiennement du porno, se masturbait facilement une dizaine de fois par jour.
    Avant les rapports il lui fallait aussi se masturber et jouir plusieurs fois pendant l’acte.
    Il passait son temps à mater les femmes et dire “oh comment je l’a cramponnerait celle ci”.
    Il me demandait de perdre du poids pour mieux me choper comme il en avait envie.
    Il racontait aux autres ce que je lui faisais et au travail en plus, vous imaginez pas la honte que j’avais quand je me disais, “oh mon dieu, il savent ce que je fais.”
    Il me prenait pour un objet sexuel, pas une personne, mais comme quelque chose capable de répondre à sa pulsion.
    C’est allé plusieurs fois jusqu’au viol et quand j’ai rompu, le temps d’avoir un nouvel appartement, il me faisait du harcèlement sexuel et à menacer ma fille d’inceste pour que je lui cède.
    Voilà ou ca peut mener et sur les jeunes quand on entends un ado traiter un fille de pute etc Ca fait peur.
    On a beau dire Non, la volonté des femmes est détruite et bafouée.
    Changeons les mentalités.

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    Aurore - 18 mars 2017
    1. Avec plaisir Aurore, ton témoignage est poignant. Je pense toutefois que ton ex avait des problèmes psychologique en plus de son addiction au sexe, ce que tu décris est très grave. Contente de savoir que tu as su partir à temps 🙂

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      Sabrina Debusquat - 19 mars 2017
  2. j’ai toujours trouver que la difference entre la prostitution et le porno n existe pas et que le porno degrade notre image de femmes

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    entraidefemmes - 10 février 2016
  3. Bonjour,

    Je suis AFREG, le webmaster du http://www.pornodependance.com

    Mon site traite de l’addiction à la pornographie. Mon site propose un forum où les dépendants et leurs proches peuvent venir s’exprimer librement et s’entraider. Le tout est évidemment entièrement bénévole et GRATUIT.

    Merci ! AFREG.

    1. Merci Afreg et sinon que pensez-vous de tout cela vous ?

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      Ca Se Saurait - 3 novembre 2015
      1. Je ne peux, malheureusement, qu’être d’accord avec Florent Badou et vous!
        La pornographie est un carnage social. J’administre depuis bientôt six ans mon site et ne peut que constater l’ampleur du nombre d’hommes détruits par l’industrie du X. L’addiction au porno touche des tranches toujours plus jeunes: de nombreux témoignages sont postés par des adolescents qui s’expliquent consommateurs depuis de nombreuses années, alors qu’ils ne sont même pas encore majeurs!
        J’insisterai aussi sur les effets dramatiques de l’addiction au porno sur le couple: vie sexuelle ruinée, incapacité à avoir une érection, sentiment de trahison de la conjointe. La compagne, l’épouse, la petite amie est la victime collatérale de la pornodépendance.

  4. […] regardons du porno et couchons les uns avec les autres en se jetant le lendemain comme des Kleenex non pas parce que […]

  5. J’ai noté un jour une belle phrase de Simone Weil dont je me sers souvent :
    « On ne se détache pas, on change d’attachement ».
    Pour que les victimes actuelles et à plus forte raison les jeunes générations ne se jettent pas aveuglément, inconsciemment, par ignorance ou par dépit, dans cette vision étriquée, basse et sans magie de la relation sexuelle, il convient peut-être de se poser la question de la compensation.
    Plutôt que d’essayer d’extraire un « mal », pourquoi ne pas laisser un plaisir supérieur le rendre insipide ?
    Education bâclée, compétition acharnée, culte du paraître, désespérance dans le pire des cas, sont autant de trappes pour les addictions diverses dont le sexe n’est qu’une des facettes banalisées, ce qui en rend la nocivité d’autant plus subtile et profonde.
    Tout comme la plupart des participants aux discussions que tu nous proposes, je réfléchis et avance en toute modestie quelques pistes.
    Réenchantons le monde, la société, les relations, le corps, l’univers, la vie, le quotidien, la pensée. Le monde devient triste, individualiste, la sexualité aussi. Cela semble presque mécanique. Rendons le monde joyeux, plein d’espoir et de foi, et l’union des êtres se fera dans cette perspective.
    Il appartient à chacun sans doute de consacrer son énergie vitale et sexuelle à un plan inférieur ou supérieur. Ce choix est actuellement biaisé par le matraquage pornographique et consumériste mais je suis confiant, pour peu que tous, parents, éducateurs, intellectuels et leaders d’opinion s’y consacrent honnêtement, librement et humblement.
    Témoignons, dès que possible, auprès des plus « perdus », que l’expérience charnelle peut être un aboutissement splendide, une occasion de se hisser vers quelque chose de transcendant, une zone de confiance et de respect qui n’enlève rien au plaisir et au fantasme, bien au contraire.
    Le porno est issu d’une société en perte de repères, idéologiques mais pas que, sa néfaste influence ne résistera pas à des consciences éclairées par l’intelligence et l’amour. On pourrait en dire autant de toute barbarie peut-être ?
    EDUCATION. Et si tout passait par là ?

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    Fabien - 18 octobre 2015
    1. Merci d’avoir pris le temps d’écrire un commentaire aussi intéressant qui s’approche effectivement de ce que l’on pourrait faire dans l’idéal pour réenchanter le sexe.
      Merci vraiment Fabien, je n’ai rien à ajouter 🙂

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      Ca Se Saurait - 18 octobre 2015
      1. De rien, merci à toi de consacrer (une partie de) ton énergie à nous proposer tous ces sujets, toujours passionants.

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        Fabien - 18 octobre 2015
        1. Oh, c’est très gentil, merci 🙂

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          Ca Se Saurait - 19 octobre 2015
    2. Perte de repères, oui Fabien, il me semble que c’est au cœur du problème…
      L’addiction au porno me rappelle celle à la malbouffe industrielle : ceux qui vendent ces produits savent y mettre des ingrédients qui créent une forme de dépendance en exploitant les failles des consommateurs. Un des ingrédients est celui de la transgression. Comme il n’y a plus d’interdit moral en matière de sexualité (on a tout essayé), la transgression qui fait peur et attire en même temps est celle de l’acte commis sans consentement.
      Si je suis dépendant de mauvaise bouffe, d’alcool, de tabac, il y a des freins qui sont ma connaissance du danger de cette consommation, plus le frein économique car rien n’est gratuit. Mais le porno est devenu quasiment gratuit, et regarder une personneen train de commettre un viol sur un écran n’a rien de mal, pas vrai, puisque ce sont des comédiens payés pour ça et consentants, pas vrai ? On ne cherche pas trop à savoir quand on est accro…
      Il y a dissociation entre la création du produit et sa consommation, un peu comme l’indifférence vis-à-vis de la maltraitance d’animaux en élevage industriel.
      Tout cela est vraiment dangereux pour les plus jeunes. Autant et même plus que les rayonnages de confiserie trafiquée à la portée de leurs petites mains !
      La sexualité est une aventure merveilleuse, y compris dans les transgressions tant qu’on est assuré du plein consentement des partenaires.
      Quand on réapprend à se nourrir, on met fin au grignotage en répondant aux besoins de son organisme. On peut réapprendre le sexe de la même manière, en déconnectant le désir de la simple excitation. Le désir surgit entre les personnes, il a besoin de son propre temps pour fleurir et les inviter à une fusion amoureuse. Alors que pour s’exciter tout va très vite, on peut le faire seul ou avec n’importe quel partenaire…
      Pour ceux qui n’ont pas fait cette expérience, je crois que les plus belles clés sont à trouver dans la littérature – et le cinéma d’auteur. Je ne désespère pas qu’on y parvienne si le débat franchit les frontières des opinions et jugements moralisateurs !

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      Bernard Bel - 4 novembre 2015
  6. Merci pour ce post très intéressant ! J’ai trouvé particulièrement pertinent le lien entre montée en puissance du libéralisme extrême et diffusion massive de la pornographie. Il y a ici quelque chose à réfléchir, ceci d’autant plus qu’il est démontré que la publicité joue avec notre libido et nos pulsions. Par ailleurs, les illustrations sont excellentes ! Serait-il possible d’avoir une présentation de l’artiste ? Son site ? Amitiés,

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    Yasmine - 18 octobre 2015
    1. Salut Yasmine, oui je pense qu’il y a des liens même si la plupart des gens semblent ne pas voir le problème ou penser le contraire.
      J’ai mis le nom de l’artiste sur le descriptif des photos mais j’ai choisi de faire ne sorte que sur mon site les images ne soient pas cliquables don,c il se peut qu’il ne s’affiche pas, son nom est Luis Quiles 🙂

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      Ca Se Saurait - 18 octobre 2015
  7. J’ai pris beaucoup de plaisir (héhé) à lire ton article. Le porno est un sujet ultra banal et pourtant très rarement abordé c’est vrai!
    J’ai vu des films pornos (ouioui, et pas rarement), je n’en regarde plus du tout maintenant, et je pense également que ces effets néfastes se diffusent de façon large dans notre vision socio-éducatif. L’image totalement fausse du sexe (au sens organique comme au sens de l’action), de la femme, de l’homme, etc, enfin tu le dis très bien dans l’article.
    Je n’ai pas d’avis tranché, j’en ai sur très peu de sujets, j’ai tendance à me poser plus de questions que je n’ai de réponses certaines. Le porno est il la cause originelle de nos dérives et fantasmes OU sont-ce nos instincts archaïques couplés (le “couplés” est important dans la phrase, parce que l’instinct animal je dirais, ne peut être la source unique d’une image aussi grossière de la sexualité) à des faiblesses émotionnelles ou des biais comportementaux, qui sont alors la cause alimentant un commerce qui enfle et se nourrit de cette demande. La question finalement de l’oeuf ou de la poule, de l’offre ou la demande…
    Les accros au porno, sont ils victimes du commerce du porno ou sont ils avant tout victimes d’un malêtre intérieur qui a choisi de se cristalliser dans le porno? Tout comme d’autres cristallisent leur malêtre sur d’autres addiction (jeux vidéos, alcool et compagnie). Le “choix” inconscient de l’objet de l’addiction, a, selon moi, sans aucun doute une raison, un lien historique, un blocage, un caillou dans l’émotionnel de la personne.
    Alors, le porno est il à bannir ou, devrions nous choisir d’informer, de prévenir et de mesurer par tout un tas de “cahier des charges” le milieu du porno. Je ne sais pas, je me questionne en même temps que j’écris mon énorme commentaire. D’ailleurs dans ton article tu ne parles pas d’interdire complètement le porno, c’est vrai, selon moi cela serait de toute manière impossible. La majorité des gens qui regardent du porno n’en deviennent pas accro (idem pour les autres sources d’addiction). Ca me rappelle le débat sur la prostitution. Tout ça tourne, selon moi, autour d’une (encore autre) question essentielle dans notre monde civilisé: l’Etat, les instituions, doivent être intervenir et légiférer sur ce qu’elles considèrent comme mauvais pour l’homme, même si cela entre dans un cadre de décision intime et volontaire?
    Enfin voilà, tout un tas de choses me questionnent, et merci d’ailleurs à ton article rien que pour ça. Je finirai en reciblant ce qui me semble être le problème majeur: l’image de l’homme, de la femme, de l’acte, totalement à côté de la réalité, à côté, non je dirais même sur des planètes différentes, qui ment aux jeunes naïfs, qui crée des fantasmes caricaturés et qui provoque des dérives comportementales et sociétales.
    Voilà, après avoir pris presque toute la place sur ta page, je te dis bravo pour cet article!

    Répondre
    Cendra - 17 octobre 2015
    1. Salut Cendra, tout comme toi je me pose bien plus de questions que je n’ai de réponses mais le débat est intéressant (même si plus je vieillis plus les débats me fatiguent tant j’estime que chacun a le droit d’avoir son propre avis en fonction de son vécu). Je pense en la matière qu’il faut protéger l’enfance, je pense aussi que les acteurs et actrices souffrent et que c’est vraiment pas top mais je ne suis pas non plus pour un interventionnisme total qui coupe forcément les libertés donc ce n’est vraiment pas facile !

      Répondre
      Ca Se Saurait - 18 octobre 2015
    2. Les accros au porno, sont ils victimes du commerce du porno ou sont ils avant tout victimes d’un malêtre intérieur qui a choisi de se cristalliser dans le porno?

      Bonjour à vous , je suis addict au porno depuis 8 ans et pour répondre à votre question : dans mon cas la cause principale de mon addiction est le malêtre intérieur. J’ai perdu ma mère à 13 ans et j’en ai énormément souffert. Il est évidemment pour moi que sans cette mort tragique je n’aurai pas ce rapport là avec le porno…. J’en parle de manière plus précise sur le blog que j’ai lancé il y a un mois : http://lexaddict.blogspot.fr/

      Répondre
      lexaddict - 16 décembre 2015
      1. Salut Lex,

        Tu penses donc que c’est un mal-être antérieur qui vient se cristalliser sur le porno, tu peux développer ? C’est intéressant.

        Répondre
        Ca Se Saurait - 16 décembre 2015
      2. Oui bien sûr je peux être plus précis. J’ai perdu ma mère d’un cancer à l’âge de 13 ans. J’avais une relation extrêmement fusionnelle avec elle , c’était ma confidente et j’étais aussi son confident (notamment par rapport à sa maladie). A sa mort , j’ai eu l’impression de perdre la seule personne qui me comprenait au monde. A cette époque je n’avais pas vraiment de bonne relations avec mon père mais je n’étais pas non plus le genre d’enfant à me rebeller , à fuguer pour montrer ma colère . De l’âge de 13 à 17 ans j’ai continué tant à refouler tout mes sentiments (ça a commencé le jour de l’enterrement de ma mère où je n’ai pas pleuré). J’étais l’enfant courageux !

        Et c’est l’année de ma terminale que les choses ont basculés. Tout est remonté à la surface , c’est vraiment à partir de là que je suis devenu dépendant au porno. J’avais besoin d’une porte de sortie , une sorte d’endroit où je pourrai déverser ma frustration etc….. Honnêtement ,comme je l’ai dit dans les premiers articles de mon blog, je n’en veux pas spécialement au porno. Alors oui j’ai été victime du commerce du porno surtout que j’ai commencé à en visionner à 13 ans mais le problème de fond c’est mon mal-être .

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        lexaddict - 16 décembre 2015
        1. C’est intéressant ce que tu dis, j’ai lu tes articles, je trouve très bien que des gens comme toi aient le courage d’en parler publiquement pour déclencher peut-être un déclic chez les autres qui parfois ne pensent même pas que c’est un “mal” même s’ils ressentent vaguement au fond d’eux un mal-être.

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          Ca Se Saurait - 16 décembre 2015