Regarder des films/séries violents : un obstacle à notre bien-être ?

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J’entends souvent dire sur des sites dédiés à la spiritualité que regarder des séries et films qui traitent de sujets violents ou négatifs c’est en quelque sorte s’éloigner du bien-être. Que c’est se polluer l’esprit d’images et d’idées négatives ou anxiogènes.

series et films anxiogene

Je ne nie pas l’impact de trop de violence et de négativité sur notre anxiété mais je pense que refuser de les voir n’est pas une bonne idée non plus.

Comme souvent, trop d’excès, de protectionnisme nuit plus qu’il ne bénéficie.

Notre monde est tel qu’il est et d’une situation mauvaise naît parfois la résilience, la force, l’âme éprouvée. Rejeter en bloc toute violence, toute situation anxiogène ou délicate c’est nier ce que la vie nous apprend.

Effectivement les personnages de bandits ou qui font le mal se multiplient ces dernières années (Dexter le tueur en série, les dealers de drogue de Breaking Bad, les bandits de True Detective 2, etc.) et l’on peut le déplorer car trop admirer et glorifier le mal c’est encore un autre excès. Mais à travers ces personnages et les situations qu’ils rencontrent le mal n’est pas systématiquement glorifié et c’est même parfois l’inverse. Il ne faut donc pas jeter le bébé avec l’eau du bain.

En fait je pense qu’il ne faut pas rejeter en bloc, il en sort rarement quelque chose de bon.

Aucun bon n’est sans mal, aucun coupable sans bien.
Henri-Frédéric Amiel ; Journal intime, le 19 août 1852.

Le mal existe, mais non pas sans le bien, comme l’ombre existe, mais non sans la lumière.
Alfred de Musset ; Lorenzaccio (1833)

Nous ne sommes pas des Bisounours nous vivons dans un monde violent et le mal fait partie de notre vie. Alors certes, de nos jours, nous pouvons exécrer de le voir trop glorifié mais pourquoi le rejeter en bloc, lui et les leçons de vie qu’il nous permet ?

Il en va de même des séries policières autour de meurtres et de violence extrême ou des films d’horreur, de zombie. Certains, comme Walking Dead, sont capables d’instaurer une vraie réflexion autour de belles choses comme l’esprit de solidarité et de sacrifice ou encore l’amour. Finalement le sujet principal n’est pas tant la violence ou les cadavres mais les relations humaines autour.

La vertu qui conseille à froid ne sert à rien, il faut connaître le mal pour conseiller le bien.
Louis Belmontet ; Pensées, maximes et proverbes poétiques (1861)

Il est rare que l’homme, incertain, inégal, sache venir au bien sans passer par le mal.
Publilius Syrus ; Sentences – Ier s. av. J.-C.

Tels sont tous les problèmes humains : Tout est mêlé de bien ou de mal.
Ferdinando Galiani ; Lettre à Louise d’Épinay, le 6 novembre 1773.

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Le mal nous forge, nous accompagnera toute notre vie et mieux vaut le connaître pour s’en prémunir. Plus on l’a expérimenté plus on sait l’apprivoiser. Le fait que sa simple existence nous déprime et que nous cherchions à tout prix à l’éviter est à mon avis le signe d’une certaine immaturité. Mieux vaut bien le connaître, l’affronter en face et apprendre à s’en prémunir, savoir jouer contre lui.

Pour nos enfants par exemple je pense qu’un parent qui veut le protéger de tout mal ou de toute vision du mal ne lui rend pas service. Arrivé à l’âge adulte ce dernier sera comme un mouton égaré dans une meute de loups. Les autres auront pris de l’avance sur lui, de par leur vie, leurs expériences ou ce qu’on leur aura raconté ils seront avertis du mal, a minima, et sauront qu’il faut souvent se méfier, que tout le monde ne pense pas comme eux.

L’âme humaine a des côtés sombres que certains développent plus que d’autres. Seule la vie et les mauvaises expériences peuvent imprimer durablement cela dans notre esprit mais les fictions sont un reflet de la vie.

L’un des caractères de notre siècle est de corrompre le bien, au point de le rendre pire que le simple mal.
Citation de Félicité Robert de Lamennais ; Pensées diverses (1854)

L’excès d’un très grand bien devient un mal très grand.
Citation de Jean-Pierre Claris de Florian ; L’inondation, III, 2 (1792)

Rejeter totalement toute oeuvre cinématographique ou télévisuelle sous prétexte qu’elle ne traite pas d’un “sujet positif” est aussi ridicule à mon avis que d’avancer dans la vie avec des œillères en croisant les doigts dans le dos espérant que le mal ne nous voit pas.

Se prémunir de trop de négativité et vouloir voir de belles choses, oui.
Refuser de voir le monde tel qu’il est pour n’en voir qu’une facette, non.

En tant qu’adultes et en tant que parents comment agissez-vous face à ce sujet ?

 

Journaliste indépendante et animatrice à Radio France, je vous informe sans concession !

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Comments (11)

  1. Les films/séries violent(e)s ou pas d’ailleurs sont avant tout des divertissements.

    Donc à priori on les regarde pour se divertir, ce qui en général nous permet de passer de bons moments. Ce qui en soit va plutôt dans le sens du bien-être plutôt qu’à son encontre.

    Les personnes qui ne sont pas à l’aise avec ce type de programme ne les regarde pas donc la question ne se pose pas vraiment. Ça ne peut pas être un obstacle si on ne les regarde pas.

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    Eric - 24 janvier 2016
    1. La question n’était pas celle-ci Eric. La question répond à une affirmation et à une interrogation qu se posent beaucoup de personnes dans le milieu spirituel même si vous ne vous la posez pas 🙂 Ce n’est pas si facile que ça. Vous dites “Les personnes qui ne sont pas à l’aise avec ce type de programme ne les regardent pas”, non ça ne marche pas forcément comme cela justement et certains se posent des questions. Mon article proposait une réponse à ceux qui se posent cette question.

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      Ca Se Saurait - 24 janvier 2016
      1. Oui j’avais compris le sens de la question, mon incompréhension qui a engendré ma réponse se situait plutôt par le fait que l’on puisse se poser justement cette question.
        A priori si l’on regarde c’est que l’on aime, et si l’on aime cela peut nous amener du “bien-être” plutôt que l’inverse.

        Du coup maintenant je me demande comment cela pourrait être un obstacle à notre bien-être (si tenté que cela puisse être possible).

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        Eric - 26 janvier 2016
        1. Eh bien certains se posent la question, j’y réponds à ma sauce, point, faut pas voir plus loin ^^
          Et non certains ressentent un malaise face aux programmes souvent violents largement présents à la télé et se posent donc la question… je ne sais pas trop quoi te répondre de plus Eric 🙂

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          Ca Se Saurait - 26 janvier 2016
  2. Déjà repondu sur facebook mince! J’avais mis:
    Perso je pense que ça dépend aussi de la shensibilité de chacun. Par exemple en période de stress j’arrête livre série et film violents. J’enchaîne les cauchemars sinon :/ dans ces moments je me rends compte de la difficulté à éviter la violence… elle est omniprésente. Au quotidien je regarde pas les infos et si jamais je le fais, pas le soir avant de dormir. Bref bref. Sujet encore une fois trés intéressant!!
    Je rajouterai que je n’ai pas d’enfant mais qu’à partir de mon expérience et celle de mon ami, je prendrai en compte la sensibilité de l’enfant mais respecterai malgré tout les interdictions moins de 10 ans, 16 ans, etc. Avec le recul même certains films moins de 16 ou 18 à mon âge, je les trouve hyper violents ou gore etc.

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    Navi Fava - 14 janvier 2016
  3. Je pense que tu as tout à fait raison dans ta vision mesurée des choses.
    Connaître tous les aspects de la réalité qui nous entoure nous aide à la comprendre, la supporter et l’apprivoiser, et peut-être avec de la chance, la faire évoluer.
    Le danger est de s’y complaire, de s’en repaître, d’y devenir accro, ce qui est d’autant plus facile avec le l’omniprésence et la banalisation de la violence dans les médias, dans nos rues, ainsi qu’avec certains auteurs et scénaristes incompétents et irresponsables qui en usent par facilité alors que, comme tu le dis, abordée « artistiquement », elle pourrait servir de tremplin à la connaissance plus fine des rapports humains.
    Il est donc judicieux de parfaire en permanence notre discernement pour éviter la violence gratuite et racoleuse qui tire vers le bas et déprime sournoisement. Ce discernement est un beau cadeau à offrir à nos enfants, un outil qui leur sera efficace, bien au-delà de la sphère de la violence.
    Un être équilibré, en confiance, épanoui peut ainsi être témoin de tout aspect de la réalité avec le recul nécessaire. Pour autant, je pense qu’il ne faudra jamais prendre le sujet à la légère car pour une personne fragile psychologiquement (et on en est pas toujours bien conscient), ou simplement hypersensible, les effets peuvent être dévastateurs.
    Pour aller plus loin, si tu veux, penses-tu que la violence soit inhérente à la nature humaine ou le fruit d’un certain type de modèle sociétal ? Est-elle une fatalité ou une étape de la croissance de tout groupe humain ?

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    Fabien - 13 janvier 2016
    1. Eh bien je ne prétendrais pas répondre à tes questions mais je pense que oui c’est en nous (et que ce n’est pas grave, c’est naturel, pour nous défendre notamment) donc inhérente à la nature humaine. Ce que j’ai longuement observé en moi-même et chez mes frères humains c’est que c’est loin d’être un problème de société. Disons qu’elle a toujours été là, elle se partage en tout lieu et si le Moyen-Age par exemple était sacrément violent, notre société actuelle, elle, étouffe tellement nos besoins et réprime en même temps notre violence que du coup nous l’exprimons sans arrêt et à couvert sur de petites choses quotidiennes. Du coup cela bout tellement que nous la sublimons dans des fictions. Je ne crois pas à un monde futur sans “mal”, sans violence et je ne le souhaite pas car ma philosophie est que ce monde est tel qu’il est avec le bien et le mal car ce sont deux facettes d’une même chose. Nous sommes là, je pense, pour expérimenter quelque chose de difficile. Si on nous enlève le mal et la violence que nous restera-t-il à accomplir, à surmonter ? Le mal est en cela peut-être le meilleur instrument “divin”.

      Pour ce qui est des enfants oui, si ma parole paraît légère, je dis juste qu’il ne faut pas à tout prix leur éviter la moindre violence et les surprotéger c’est tout. Je ne suis pas du tout pour leur faire regarder sans arrêt des films d’horreur ou des Enquêtes d’actualité à la con.

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      Ca Se Saurait - 13 janvier 2016
      1. Merci pour ta réponse pertinente et sincère. Je suis d’autant plus en phase. Beau sujet et belle approche une fois de plus.

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        Fabien - 13 janvier 2016
        1. Et merci à toi d’être comme tu es Fabien 🙂

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          Ca Se Saurait - 14 janvier 2016
  4. Je pense que les fictions sont le reflet de notre réalité. Une fiction bisounours ce serait une réalité biaisée et donc on pourrait moins se mettre à la place des personnages, être empathique et vivre ce qu’on appelle la catharsis…
    Pour ma part j’aime bien les films d’horreur et les thrillers car ça montre le côté sombre de l’humain et ça permet de ressentir des émotions peur angoisse…
    Par contre je n’aime pas les films de guerre ou de zombies par exemple c’est moins proche de notre réalité donc plus ennuyant.
    Après chacun ses gouts mais dans l’ensemble je suis d’accord avec toi… je pense meme qu’un monde parfait ou tous les humains vivraient en harmonie et dans la paix serait impossible car on s’ennuierait! Il n’y aurait aucun défi… juste couler sa vie en attendant la mort… je n’arrive pas à imaginer ca.

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    sophie - 13 janvier 2016
    1. Oui, en fait ce que j’essaie de dire dans cet article c’est surtout que l’un ne va pas sans l’autre donc rejeter l’un c’est forcément rejeter l’autre ou se fourvoyer, merci pour ton commentaire qui explique bien un autre aspect de ce que j’exprime 🙂

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      Ca Se Saurait - 13 janvier 2016